Nous poursuivons l'histoire de l'étendard du régiment en abordant la période complexe de 1852 à 1880. En effet, il est difficile de trouver des documents de références sur cette période qui décrivent correctement les inscriptions sur l'emblème du régiment. Néanmoins, à partir de la bibliographie disponible, nous faisons des hypothèses sur ces inscriptions. Si vous possédez des documents confirmant ou infirmant ces hypothèses, n'hésitez pas à nous contacter.
L’aigle française est rétablie sur les drapeaux le 31 décembre 1851 et l’inscription des noms de batailles est remis en vigueur en 1852 par Louis-Napoléon avec une limitation à 5 par emblème. Un nouvel emblème est réalisé. La partie flottante mesure 90 centimètres carrés pour l’infanterie et 60 centimètres carrés pour les étendards de la cavalerie et de l’artillerie. Aux quatre angles, est placé une couronne de chêne et, dans l’intérieur de cette couronne, placés en regard, se trouvent les deux lettres L N ou le numéro du régiment. Pour les régiments de la marine, le numéro est remplacé par une ancre. Au centre, l’inscription « Louis Napoléon à tel régiment ». Sur l’autre côté, identique à l’avers, sur la bande blanche les deux lettres R F et au-dessous les noms des cinq principales batailles auxquelles le régiment a assisté. Une aigle doré aux ailes déployées surmonte la hampe sur un socle doré ayant d’un côté les lettres R F et de l’autre le numéro du régiment ou une ancre. Une cravate tricolore, frangée d’or, orne la hampe. Nous disposons d’un cliché photographique exceptionnel et unique du drapeau du 23ème de ligne prise par Nadar qui illustre cet emblème éphémère.

Simulation de l'étendard de 1852
Le 10 mai 1852, le Prince président Louis Napoléon préside la cérémonie de remise des aigles et de bénédiction des drapeaux au Champ de Mars à Paris. Le colonel Dupont, accompagné d’une délégation de 4 officiers, 4 sous-officiers et 4 caporaux, reçoit l’emblème. Nous n’avons trouvé aucun document qui permet de savoir si des noms de batailles étaient inscrits sur cet emblème. Néanmoins au regard de l’historique du régiment, de l’étude des inscriptions des régiments de l’armée de terre en 1852 et des inscriptions qui seront portées par le 2ème et 3ème RAMa à leur création, nous forgeons l’hypothèse que les inscriptions de l’emblème étaient Lützen (1813) – Bautzen (1813) – Hanau (1813) – Vera-Cruz (1838) – Mogador (1844), en sachant que Vera-Cruz et Mogador sont des inscriptions spécifiques aux unités des Troupes de la Marine.

Remise des Aigles au champ de Mars le 10 mai 1852 - Peinture de Clément Pruche
Le 13 juin 1852, se déroule une cérémonie décentralisée de remise du drapeau par le préfet maritime sur la place d’armes de Lorient. A cette occasion les batailles de Lützen et Bautzen sont formellement nommées.
A compter du 2 décembre 1852, le second empire est proclamé. Les régiments reçoivent de nouveaux emblèmes reprenant en quasi-totalité la symbolique du modèle de 1812. Seuls les régiments de la Garde Impériale possèdent deux rangées d’abeilles en haut en bas de l’emblème, les autres régiments n’ont des ornements que dans les bandes bleue et rouge. Les régiments de la marine se distinguent par une ancre dans les couronnes précédant et terminant les inscriptions des bandes blanches. La distribution des emblèmes sera faite de manière décentralisée en 1853.

Simulation de l'étendard de 1853
Le 28 novembre 1854, les inscriptions Baltique, Bomarsund – 1854 sont ajoutées aux inscriptions de l’étendard du régiment d’artillerie de marine par décret du ministre de la Marine et des colonies. Mais il ne semble pas que cette inscription soit réalisée sur l’emblème car cela ne se faisait que lorsque l’on changeait les soies du drapeau. Or l’étendard du régiment n’étant jamais parti en opération, il apparait peu probable que le changement des soies ait été réalisé avant la guerre de 1870.
Les inscriptions Sébastopol – 1854-1855 et Puebla – 1863 auront probablement le même sort.
Après la défaite de Sedan, l’avènement de la 3ème république le 4 septembre 1870, va entrainer un nouveau changement des emblèmes. Le régiment n'ayant pas été mobilisé en tant qu'unité constitué, son étendard est resté à Lorient, mais la circulaire du 5 juillet 1871, prescrit aux corps de reverser leurs emblèmes qui seront détruit. Un drapeau provisoire en laine sans autre inscription que le numéro du régiment en lettre noire est créé. Une commission siège de 1871 à 1880 afin de procéder à la refonte complète des inscriptions dont la liste définitive n’est approuvée que le 3 février 1879.
Ce n’est que le 15 octobre 1878 qu’une circulaire ministérielle attribue de nouveaux drapeaux. L’emblème se compose de trois parties :
1 - La hampe en bois de frêne d’un seul brin, peint en bleu et long de 2 mètres ;
2 - L’étoffe en tissu de soie constituée de trois bandes de couleur, bleue, blanche et rouge, est de forme carrée de 90 centimètres de côté. Sur l’avers sont inscrit « République Française » et au-dessous « Honneur et Patrie » et sur le revers quatre noms de batailles où le régiment s’est illustré. Des deux côtés et aux quatre angles sont des couronnes de lauriers, au centre desquelles est inscrit le numéro du régiment. Ces ornements et ces inscriptions sont peints sur soie, en or fin. Le drapeau est bordé sur ses quatre côtés d’un galon lézarde en or fin et les bords sont garnis d’une frange en argent doré.
3 - Le couronnement qui se compose d’un fer de lance monté sur socle doré avec les lettres R F d’un côté et le numéro du régiment de l’autre côté. A la base du socle est nouée la cravate, bande tricolore en soie qui se termine par une frange d’or.
Pour la cavalerie et l’artillerie, la hampe mesure 1 mètre 80 et l’étoffe mesure 64 centimètres de côtés.

Simulation de l'étendard de 1880
La circulaire ministérielle du 19 novembre 1878 fixe le nombre d'inscriptions de noms de batailles sur les drapeaux et étendards à 4 tandis que celle du 15 juillet 1880, prescrit la remise des drapeaux provisoires de 1871 aux directions d’artillerie.
En 1880, pour la célébration du premier 14 juillet, le président Jules Grévy, remet solennellement les emblèmes des régiments lors d’une grande cérémonie à l’hippodrome de Longchamp. La délégation est constituée du colonel Thory et du capitaine Joalland, et reçoit le nouvel étendard portant les inscriptions Lützen (1813), Vera Cruz (1838), Sébastopol (1854-1855) et Puebla (1863) par décision du 28 avril 1879 (B.O.M. 1879 p 848). Les millésimes sont précisés sur la décision mais ne sont pas inscrits sur l’emblème.

Remise des drapeaux le 14 juillet 1880 par le Président Jules Grévy à l'hippodrome de Longchamp
Par décision du 17 avril 1887 (B.O.M. 1887), l’étendard reçoit les inscriptions Sontay et Langson. Le 29 juin 1887, le colonel Javouhey présente l’étendard au régiment avec les nouvelles inscriptions ajoutées sur l’emblème.

Simulation du modèle 1880 avec les nouvelles inscriptions Sontay Langson
Lors de la scission du régiment d’artillerie de marine en 1er et 2ème régiment d’artillerie de marine le 8 janvier 1893, le régiment reçoit un nouvel étendard. C’est le premier emblème du régiment tracé par le service historique de la défense.

Simulation de l'étendard du 1er RAMa remis en 1893
Par décision ministérielle du 10 juin 1898, l’étendard reçoit les inscriptions Dahomey et Madagascar.
Le 4 décembre 1898, le nouvel étendard portant les nouvelles inscriptions Dahomey et Madagascar, est présenté par le colonel Bertin au régiment, rassemblé au quartier Frébault à l’occasion de la Sainte Barbe.

Simulation du modèle 1880 avec les nouvelles inscriptions Dahomey et Madagascar
En 1901, l’emblème est modifié avec la correction de l’inscription de l’avers. Le « 1er régiment d’artillerie de marine » devient le « 1er régiment d’artillerie coloniale ».

Modification de l'étendard en 1901
Le 20 mai 1910, le général Brun, ministre de la Guerre signe un rapport destiné au Président de la République afin de conférer la Légion d'Honneur à l'étendard du régiment afin de reconnaitre les mérites de l'artillerie de marine. Pour le détail de la décision, nous vous invitons a lire l'article sur les décorations du régiment.
C'est ainsi que le 14 juillet 1910, l’étendard du 1er RAC est décoré, au titre de toute l’artillerie coloniale, de la Croix de la Légion d’Honneur par le Président de la République, M. Armand Fallières. La délégation est constituée du colonel Le Fournier, du chef d’escadron Fristch, du capitaine Pierre, du lieutenant Claquin, de l’adjudant porte-étendard Colin et des deux sous-officiers de l’escorte.

La Légion d'Honneur est accrochée à l'étendard du régiment le 14 juillet 1910 par le Président Armand Fallières
Le colonel Le Fournier présente l’étendard décoré au régiment rassemblé au polygone de Kérolé le 28 juillet 1910.
Une décision du 22 juin 1914 (B.O. 1914 p 1143) accorde l’inscription Maroc sur l’étendard, mais le manque de place sur l’emblème empêche sa matérialisation.
La planche ci-dessous récapitule l'évolution des inscriptions des emblèmes des régiments d'artillerie de marine puis coloniale, basés en métropole, de 1879 à 1914.
