Les adhérents de l'association peuvent accéder en accès protégé à l'historique intégral du RA FFL publié en 1946 et qui retrace l'épopée du régiment de 1940 à 1945.
Pour les non adhérents, vous retrouverez ci-dessous le texte intégral du livre avec une iconographie réduite.
Juin 1940
Désastre en France : lueur d'espoir venant d'Angleterre d'où le général de Gaulle appelle à lui tous ceux qui veulent continuer la lutte. Les Français qui ont eu l'énergie et la chance de s'échapper de France, ceux qui se trouvent en Angleterre, évacués de Dunkerque ou combattants de Norvège sont rapidement groupés, habillés, armés et installés au camp d'Aldershot.
Dès le mois d'août 1940, un corps expéditionnaire est constitué. L'artillerie fournit une section de deux canons de 75 avec personnel, commandée par le lieutenant Quirot et l'aspirant Petitjean, une batterie de quatre canons de 75 avec quelques hommes commandée par le lieutenant Chavanac, le complément de personnel devant être trouvé en Afrique noire. Le matériel, canons et tracteurs, est français et revient de Norvège.
Le personnel se compose de gradés d'active ou de réserve, de trois ou quatre canonniers ayant déjà fait du service et d'une cinquantaine de jeunes recrues, étudiants, agriculteurs, employés qui se sont échappés de France. L'aîné, le canonnier Paulet, 48 ans, licencié ès sciences a cinq enfants. Il sera un père pour tous ces jeunes et guidera leurs premiers pas dans la vie militaire en leur donnant à chaque instant l'exemple d'une valeur morale exceptionnelle. Si l'on demande l'âge du benjamin, Sylva, tout le monde répondra dix-sept ans tout en sachant parfaitement qu'il s'est vieilli de plus d'un an pour pouvoir faire campagne. Paulet et Sylva trouveront la mort à Bir-Hakeim.
Le 31 août, le corps expéditionnaire des Forces Françaises Libres, le général de Gaulle à sa tête, quitte l'Angleterre sur deux bateaux, le «Pennland» et le «Westernland»; le matériel est chargé sur des cargos. Des bateaux de guerre britanniques et français font partie du convoi. Après une courte escale à Freetown, le corps expéditionnaire se trouve devant Dakar. On escompte un accueil chaleureux: déception ! Les parlementaires sont accueillis par des rafales de mitrailleuses. Une bataille sévère qu'il est inutile de prolonger s'engage entre les navires de guerre.
Le corps expéditionnaire se rend à Douala au Cameroun, colonie qui vient de rallier la France libre. C'est là que les artilleurs venant d"Angleterre font connaissance avec celui qui sera leur chef prestigieux: le capitaine Jean-Claude Laurent-Champrosay.
L'armistice a trouvé le capitaine Laurent-Champrosay à Bobodioulasso (Côte-d'Ivoire) où il commandait la 31ème Batterie d'Artillerie et c'est à la tête de cette unité que ce chef remarquable passe en colonie anglaise et de là au Cameroun.
La section Quirot s'embarque à Douala le 25 décembre 1940 avec la brigade d'Orient. Elle débarque à Port-Soudan sur la Mer Rouge le 14 février; puis par Suakim, franchit la frontière soudano-érythréenne près de Cub-Cub et Chelamet ; malgré la longueur du ravitaillement et l'état des routes, elle participe efficacement à l'attaque contre Keren qui tombe le 24 mars; puis la section de 75, après un grand mouvement tournant, aborde Massaoua, détruit les batteries italiennes des forts Victor-Emmanuel et Umberto et apporte aux fantassins un appui si efficace que Massaoua tombe très rapidement.

Canon de 75 en Erythrée
Pendant cette campagne d'Erythrée, le capitaine Laurent-Champrosay forme une nouvelle batterie avec des canons de 65 de montagne italiens.
La brigade d'Orient quitte l'Erythrée pour se rendre en Palestine où les FFL se regroupent au camp de Quastina.
De son côté, le capitaine Chavanac se rend à Pointe-Noire et forme une deuxième section de 75 dont le personnel se compose d'artilleurs venant d'Angleterre ainsi que de coloniaux et de noirs congolais. Cette section s'embarque sur le «Touareg» et le «Capo-Olmo» en février 1941, fait le tour de l'Afrique par le Cap de Bonne-Espérance et Durban, débarque à Suez et est dirigée sur la Palestine.
II faut absolument ramener la Syrie dans le camp des alliés : cette nécessité sera confirmée par la suite des événements.
En juin 1941, les F.F.L. sous le commandement du général Le Gentilhomme pénètrent en Syrie. La 1ère batterie se distingue tout le long de la route de Damas. La 2ème batterie partie sans matériel a récupéré au fur et à mesure des canons de 75 qu'elle utilise pour la défense anti-chars.

Pièce de 75 en Syrie - 1941
Le 16 juillet, après l'armistice, l'artillerie s'installe à Damas au quartier Soudois, avec des artilleurs nouvellement ralliés dont un grand nombre de Sénégalais, de Malgaches et de Cambodgiens. Quatre batteries identiques à quatre pièces de 155 court Schneider et deux pièces de 75 anti-chars sont formées et subissent un entraînement intensif. Le régiment se transforme en unité motorisée moderne et acquiert une technique qui lui permettra de réaliser la tâche immense qui reste à accomplir.
Là prendra officiellement naissance le 1er Régiment d'Artillerie des Forces Françaises Libres, par décision du Général Catroux, commandant en chef des troupes du Levant, en date du 19 décembre 1941.
Le chef d'escadron Laurent-Champrosay est à sa tête. La carrière du Régiment commence et, en même temps que les noms les plus illustres s'inscriront sur son étendard, il connaîtra les pertes les plus cruelles.
Avec ses quatre batteries équipées au dernier moment de six pièces de 75, il constitue l'artillerie de la 1ère Brigade française indépendante qui, principal élément des Forces Françaises du Western-Desert commandées par le générai de Larminat, se couvrira de gloire sous les ordres du général Koenig dans le cadre de la Vlllème Armée britannique.
Libye
Après des étapes rapides qui le conduisent de Damas à la frontière de Libye, le Régiment ne tarde pas à recevoir le baptême du feu. A Halfaya le 14 janvier 1942, ses tirs accompagnant les concentrations britanniques et les bombardements du groupe d'aviation «Lorraine» amènent la reddition de la position le 17 à 13 heures.
La brigade pousse vers l'Ouest, s'installe en point d'appui fermé à Mechili. Les britanniques décrochant de Bengazi, elle se replie sur la ligne de Gazala à Alem-Hamza ; le Régiment étale ses batteries pour couvrir tout le front.
BIR-HACHEIM
Le 14 février, la brigade occupe la position de Bir-Hakeim, réduit sud de la ligne de résistance choisie par la VIIIème Armée, môle avancé dans le désert, avec ses champs et ses marais de mines.
Le commandant Laurent-Champrosay surveille personnellement l'installation de ses batteries qui, aux quatre angles de la position, battent tout l'horizon. Les pièces sont enterrées profondément dans les périodes où elles ne sont pas en «Jock-Columns», raids audacieux qu'elles exécutent à tour de rôle, en appui des bataillons d'infanterie, à travers la Cyrénaîque pour harceler l'ennemi et le tromper sur !es intentions du commandement. A la monotonie du «drill» au milieu du réduit où règne le vent de sable, succède la course épique dans le désert; là, un état d'alerte constant, des engagements imprévus, courts, rapides, avec l'infanterie portée et les blindés ennemis constituent une excellente école de dynamisme et d'initiative, qualités qui marquent le Régiment d'une façon définitive.
Le capitaine Bricogne est l'animateur de ces colonnes, participant à tous les engagements, sachant les créer au besoin par son audacieuse intelligence.
Chacune à leur tour, les batteries sont aux prises avec les chars ennemis ; le 14 mars, à Bir-el-Hamarin, la 1ère batterie serrée de près, réussit à se dégager par une habile manoeuvre menée par le capitaine Quirot et le lieutenant Emberger, immobilisant deux chars ennemis. Le 16 mars c`est au tour de la 2ème batterie. Pour la première fois, les Allemands utilisent le char Mark IV. Le 15 avril, une forte sortie de chars allemands oblige la 4ème batterie à se replier après un vif engagement.
Les deux batteries qui sont de sortie !e 26 mai se replient devant la poussée de l'Afrika-Korps. Rommel est décidé à atteindre le Nil et Suez, le pays des Mille et une Nuits.
Le 27 mai à 7 heures du matin, la légendaire bataille de Bir-Hakeim, celle où le monde a reconnu la France, se déclenche.
La part du 1er Régiment d'Artillerie y fut glorieuse, sinon prépondérante.
La 1ère Batterie, celle du capitaine Quirot, située au sud-ouest de la position, ouvre le feu dès le début sur les éléments ennemis se présentant dans le sud.
La 2ème Batterie, commandée par le capitaine Chavanac l'imite par des tirs au nord de la position, quelques instants plus tard.
La 3ème Batterie, commandée par le capitaine Gufflet, épaule au nord-est l'action de la 1ère Batterie à 9 heures.
La 4ème Batterie commandée par le capitaine Morlon engage au même moment le combat avec une grosse colonne de chars italiens se présentant dans le sud-est.
Cent chars attaquent la position ; certains réussissent à traverser les champs de mines, contournent nos lignes d'infanterie et sont arrêtés par les canons qui tirent à vue directe. A 10 heures, le feu cesse : 33 chars restent sur le terrain ; 1 colonel italien et 90 soldats sont faits prisonniers. Le Régiment n'a aucune perte, mais la position est encerclée.
Les jours suivants l'artillerie ne chôme pas : une section soutient au nord avec plein succès, une importante patrouille d'infanterie le long des champs de mines. La 1ère Batterie pousse un raid audacieux vers Rotonda Signali.
Le 2 juin après l'insolent ultimatum de Rommel fièrement repoussé par le général Koenig, le combat devient plus dur, l'encerclement est resserré.
Rapidement les ravitaillements en munitions deviennent impossibles : un dernier convoi réussit à passer venant des échelons qui le 27 se sont repliés en hâte de Bir-Bou-Maafès vers l'est, devant la menace immédiate des blindés. De jour en jour la pression ennemie s'accentue. Les attaques d'infanterie se renouvellent incessantes sur toutes les faces de la position cherchant le point faible. Les batteries lourdes ennemies se mettent en action, hors de portée de nos 75 et commencent une contre-batterie précise et meurtrière. Nos pièces sont particulièrement visées par l'aviation de bombardement ennemie.
Bientôt les mitrailleuses lourdes ennemies peuvent prendre directement à partie nos servants, nos ravitaillements en munitions, nos évacuations sanitaires.
Mais, aux pièces, officiers et canonniers s'affairent, exécutant minutieusement tous les tirs demandés par les observatoires ou le P.C. du Régiment. Malgré les pertes très lourdes, l'entrain reste magnifique, car tous les coups portent. Les canonniers suivent l'évolution de la bataille par les comptes rendus des observatoires, qui signalent les destructions ou le fauchage causés dans les rangs ennemis. La vie n'est pas facile pour les observateurs : tel celui du nord occupé par le capitaine Chavanac qui, le 8 se voit entouré par l'ennemi ; toute la journée il est considéré comme disparu. Le soir, son observatoire partiellement dégagé, il rétablit lui-même la liaison venant à pied faire son rapport. Les téléphonistes, toujours sur la brèche, réparent les lignes coupées constamment, en pleine vue de l'ennemi qui les pourchasse comme du gibier. Les mouvements de munitions sont exécutés par les pourvoyeurs avec la même abnégation, mais rapidement les dépôts se vident : la partie devient inégale.
Le 9 au soir, les munitions, l'eau, les vivres sont pratiquement épuisés.
Le 10 dans le brouillard de l'aube, le Régiment ne tire que par spasmes, sur des objectifs certains. A 13 heures, cent cinquante Stukas pilonnent Bir-Hakeim, les assauts terrestres se succèdent sans relâche de tous les côtés. Les fantassins y tiennent tête aidés par nos batteries où tant d'hommes gisent inanimés. A 18 heures, nouvelle attaque de Stukas.

Canon de 75 atteint par un coup direct à Bir-Hacheim
L'ordre de repli arrive : il est clair et net : «La 1ère Brigade sortira de vive force cette nuit de la position. Elle s'ouvrira un passage vers le sud-ouest les armes à la main.» II ne pouvait en être autrement.
C'est la fin : à minuit, sous le feu ennemi, dans le vrombissement des moteurs des camions encore intacts, parmi les balles qui sifflent et les mitrailleuses qui crépitent, dans un bruit infernal d'éclatements de grenades auquel se mêlent les cris de la troupe, s'effectue la prestigieuse sortie où chacun avec calme, accomplit simplement son devoir de soldat. Les flammes des véhicules en feu rougeoient le brouillard, la fumée et la poussière et sur cette toile de fond, les fusées éclairantes et les balles traceuses dansent une sarabande folle. Les hommes et les voitures bondissent par saccades et se détachent en ombres chinoises, spectacle étrange, sorti de l'imagination d'un Dante. De temps en temps, une lueur plus vive illumine la face de ces soldats qui viennent de redonner courage à la France.
Le lendemain le Régiment compte ses pertes : le sous-lieutenant de Rauvelin, les aspirants Rosenwald et Chambon qui sont tombés à leur pièce, le capitaine Gufflet qui, pendant la sortie, a été tué dans son auto-mitrailleuse; puis le capitaine Bricogne mortellement atteint alors qu'il nettoyait à la grenade un nid de mitrailleuses; le lieutenant Bourget, serre-file de la colonne, est abattu au cours de sa mission. Enfin le lieutenant Kervizic qui, grièvement blessé, succombera deux mois plus tard en captivité: il faut ajouter à ces noms, ceux de nombreux sous-officiers et canonniers dont les tombes jalonnent le désert.
d'El-Alamein à Tunis
Ramené en colonne dans le delta du Nil., le Régiment se reforme : sur vingt-quatre canons, il en reste huit.
La 5e Batterie du capitaine Marsault, venant de Djeraboub, oasis dépassée par les éléments ennemis, rejoint son corps après un parcours hérissé de mille difficultés.
Le 1er Régiment d'Artillerie, rééquipé en matériel anglais, les 4 premières batteries avec du 25-pounders (calibre 88 mm.), la 5e avec du 5,5 (calibre 140 mm), repart le 18 octobre 1942 pour les campagnes d'Egypte, de Libye et de Tunisie dirigées par le Maréchal Montgomery.
A El-Himeimat et à Munassib, malgré des mises en batterie pénibles dans un terrain chaotique, sous les bombardements à basse altitude des Messerschmitt 109, il soutient par un feu violent les opérations de diversion de l'infanterie, opérations qui contribuent à la victoire d'El-Alamein et à la déroute ennemie.
Après un séjour fastidieux à Gambut, le Régiment quitte cette région pour la Tunisie à la fin d'avril 1943, et le 7 mai, sous les ordres du chef d'escadron Gaulard qui le commande par intérim, il prend position à Bir Ali-ben-Slimane, devant le dernier verrou constitué par le rocher de Takrouna dans la région de Sousse.
Du 8 au 13, ses cinq batteries tirent 26 500 coups de canon, forçant la décision et la Division fait 26 000 prisonniers dont beaucoup avaient combattu contre nous au cours de l'année précédente.
L'ennemi est chassé d'Afrique.
Le 20 mai, la batterie Quirot représente le Régiment au défilé de la victoire à Tunis dans les rangs de la VIIIème Armée britannique.
Le 21 juin, la batterie Chavanac le représente à Tripoli devant le Roi d'Angleterre.
Italie
La campagne d'Afrique étant terminée, le Régiment passe l'été à Zouara en Tripolitaine, puis s'installe près de Tunis où il s'entraîne sans relâche en vue des combats futurs. Il est une fois de plus réorganisé. Il fusionne avec le 2ème R.A.C. et est équipé avec du matériel américain il s'est peu à peu augmenté d'éléments venus de tous les coins du monde : Mauriciens, Réunionnais, Pondichériens, Arméniens et Français d'Amérique Centrale ou d'Amérique du Sud sous les ordres du colonel Laurent-Champrosay secondé par le lieutenant-colonel Maubert il se compose de trois groupes de 105 mm commandés par les chefs d'escadron Marsault, Jonas et Bruneton et d'un groupe de 155 mm sous les ordres du chef d'escadron Crespin. Un détachement de liaison avancé qui s'avérera particulièrement efficace est placé sous les ordres du commandant Ravet. A la fin d'avril, il embarque à Bône et à Bizerte, faisant route vers l’Italie.
Le débarquement s'effectue à Naples, le regroupement à Albanova et le Régiment est prêt à déclencher avec le Corps Expéditionnaire Français du général Juin la formidable attaque qui, des rives du Garigliano, va le porter à travers l'Italie, dans les plus rudes épreuves, sur un terrain hérissé d'obstacles.
Du 7 au 10 mai, le Régiment prend place derrière les premiers mamelons qui bordent la rivière. Le groupe lourd est à moins d'un kilomètre de l'ennemi. L'installation a lieu de nuit dans un grand silence.
Le 11 mai à 23 heures, une gigantesque préparation d'artillerie se déclenche de Cassino à la mer. La grande offensive, prélude du débarquement en France, commence.
De leur tête de pont sur l'embouchure du Garigliano, les fantassins remontent péniblement la rive nord dominée par de hauts sommets : Maio, Faito, Girofano, qui pilonnés par l'artillerie, s'embrasent la nuit comme de véritables volcans, couronnés de fumée rougeoyante. Le 14, la rive opposée est enfin nettoyée : San-Andrea, San-Ambrogio, San-Appolinare sont successivement enlevés par l'infanterie. En trois jours, 50 000 coups de canon ont été tirés. Le Régiment traverse le Garigliano sur un pont de bateaux et commence sa glorieuse progression.
Pendant toute cette période, l'activité des groupes est extraordinaire ils se déplacent au cours de la nuit, s'installent à l'aube, règlent leurs tirs dès les premières lueurs du jour, souvent par avion, et sont prêts en quelques instants à appuyer l'attaque quotidienne. Ils repartent parfois dans la même journée pour se déployer à nouveau, pour tirer à peine prêts et repartir encore. Les officiers de liaison vivent en première ligne avec leurs camarades d'infanterie menant la vie âpre et dangereuse des observateurs avancés.
Un grand enthousiasme anime le Régiment malgré les pertes et les fatigues.
Du 15 au 19 mai, quatre positions principales sont occupées. Le 20, les groupes sont aux environs de Pontecorvo, coeur de la ligne Hitler. L'attaque est menée en coopération avec les Canadiens qui sont à la droite de la division et la bataille est sévère. L'ennemi contre-attaque avec des chars. Les observateurs du monastère de Capuccini (où le capitaine Rivié est grièvement blessé), puis du Mont-Leucio jouent un rôle décisif par l'intervention de feux renouvelés et meurtriers.
Le 25 mai, grâce à la poussée irrésistible de nos troupes, la jonction est faite avec l'armée américaine d'Anzio, et le général commandant l'artillerie du Corps Expéditionnaire télégraphie les félicitations du général Clark, commandant la Vème Armée, conçues en ces termes :
"Dans les phases initiales de l'offensive actuelle, le Corps Expéditionnaire Français a combattu avec un tel courage et s'est emparé avec une telle rapidité des objectifs qui lui étaient assignés qu'il a conquis non seulement l'admiration de ses compagnons d'armes de la Vème Armée, mais encore celui de l'ensemble des Nations alliées"
Les artilleurs de la Vème Armée, par le canal de ce bulletin d'information, félicitent l'artillerie du général Chaillet pour l'appui énergique et efficace donné à la magnifique infanterie française dans son avance réussie à travers des positions défensives allemandes solidement fortifiées. Ils saluent leurs camarades d'armes : les "Red Legs" (Surnom donné par les Américains a leurs artilleurs) françaises.
Le Régiment est envoyé le 28 mai au sud-ouest de Frosinone en appui de la 4ème Division Marocaine de Montagne, tandis que l'infanterie divisionnaire se regroupe.
Le 5 juin, la lutte se poursuit à Tivoli où le lieutenant-colonel Maubert commande un groupement important et particulièrement dans la villa Adriana où les Allemands s'accrochent. La division fait face au nord, protégeant le flanc des blindés de la Vème Armée qui entrent le 4 juin dans Rome. Le Régiment traverse cette capitale le 10 juin, au milieu d'une foule enthousiaste. C'est un double anniversaire : celui de la déclaration de guerre de l'Italie en 1940 et celui de la sortie de Bir-Hakeim.
Le 2ème Groupe commandé par le chef d'escadron Jonas soutenant la 2ème Brigade, part à la poursuite de l'ennemi le Régiment regroupé dépasse Viterbo, puis avance vers Vetrella. Montefiascone est pris le 11, le lac de Bolsena atteint le 12.
La bataille atteint son paroxysme. L'infanterie ne progresse plus qu'au prix de pertes sévères. Le Régiment tire plus de 20 000 obus en vingt-quatre heures.
Le 15 juin, le Régiment est à Acquapendente, le 18 juin, devant Radicofani. De nouveau l'ennemi s'accroche. Il faut briser sa résistance acharnée.
En raison de l'avance rapide, les liaisons avec les éléments voisins se font mal : le colonel Laurent-Champrosay part lui-même reconnaître une route vers Scotte Morte, pour assurer le contact avec la division qui se trouve à la gauche du Régiment : il saute sur une mine.
Transporté à l'hôpital divisionnaire, il meurt dans la nuit des suites de ses blessures.
Le 19 juin, le Régiment apprend qu'il vient de perdre le chef qui l'avait non seulement formé, mais qui l'avait si fortement marqué de sa personnalité. Le lieutenant-colonel Maubert prend le commandement du Régiment.
La dépouille mortelle du colonel Laurent-Champrosay est conduite au cimetière de la Division, à la sortie de San-Lorenzo. Il pleut. Le général Brosset, commandant la D.F.L., prend la parole mais étranglé par l'émotion, peut à peine s'exprimer. Le général de Larminat, en un bref discours, cite le colonel Laurent-Champrosay en exemple de bravoure et de devoir, assurant que la France libérée glorifiera sa mémoire. Les derniers honneurs sont rendus. Ce sont des obsèques comme ce chef les aurait souhaitées : simples, purement militaires, avec peu d'hommes du Régiment, la bataille les retenant à leurs postes de combat. La canonnade se poursuit, mêlant son grondement aux prières liturgiques.
Radicofani pris et dépassé, la division, durement éprouvée, est relevée.
Après les combats ininterrompus qui l'ont conduite des rives du Garigliano à Radicofani, soit 350 kilomètres en quarante jours, le Régiment prend quelques jours de repos sur les rives du lac de Bolsena et se retrouve le 27 juin à Aibanova, d'où il était parti avec tant d'enthousiasme et d'élan, vers cette glorieuse campagne d'Italie, maintenant terminée. C'est le dernier repos avant la France.
Au début de juillet, le Régiment est passé en revue sur l'aérodrome de Caserta par le général de Gaulle qui arrive de Normandie.
Chacun en son cœur pense à de nouvelles opérations.
Sous les ordres de son nouveau chef, le colonel Bert, le Régiment part le 17 juillet pour Tarente et Brindisi où vont avoir lieu les opérations d’embarquement, après deux semaines passées au milieu d'une population hostile ; c'est le départ, entre le 8 et le 13 août, de ce pays où la guerre a été menée à toute allure, sous un soleil éclatant parmi les paysages admirables et variés dont les tableaux colorés sont liés dans la mémoire de chacun aux souvenirs des combats. Et il reste à ceux qui ont fait campagne, un arrière-goût de cette poussière impalpable, suffocante, qui les a partout suivis. On a aussi le sentiment d'avoir exercé ses talents sur un instrument neuf ; la gamme du matériel motorisé américain s'est prêtée magnifiquement à tous les efforts, à toutes les intentions. Que dire en particulier de l'observation aérienne, menée de bout en bout avec une souplesse et une hardiesse étonnantes par la section de piper-cubs commandés par le lieutenant Laporte ; constamment en l'air, elle découvre des objectifs, renseigne sur les mouvements de l'ennemi et sert en même temps la volonté tendue du chef du Régiment qui garde avec elle un contact personnel de tous les instants.
Mais cette expérience, ces souvenirs, le Régiment ne les a acquis qu'au prix d'un lourd tribut. Parmi ses pertes, outre son chef, il compte cinq commandants de batterie, tous tués en liaison avec l'infanterie ou à leurs observatoires : les capitaines Souleau (9ème batterie), Dupraz (11ème batterie), Briard (8ème batterie), Mercier (12ème batterie), et le lieutenant Quinsac, nouveau commandant de la 9ème batterie, enterré auprès du colonel Laurent-Champrosay et associé à lui dans les derniers hommages.
France
Les navires de matériel, puis l'escadre, enfin les transports de troupes quittent Brindisi et Tarente. Cet énorme convoi défile devant Malte et Pantelleria, passe en vue du cap Bon, pointe extrême de la Tunisie, longe la Sardaigne et la Corse : le temps est splendide et le 16 août, le débarquement s'effectue rapidement en "Landing-Craft", dans la baie de Cavalaire.
La 1ère D.F.L. relève face à Toulon les commandos français et les unités américaines. Le 19, le Régiment prend position devant Hyères. L'ennemi résiste: il dispose des forts qui entourent la ville, de nombreuses batteries et d'une garnison considérable.
Pendant une semaine, de durs combats se déroulent : les batteries interviennent sans cesse pour anéantir les organisations ennemies.
Le 21 août, le mont Redon tombe, après une lutte particulièrement sanglante. Le même jour, après une concentration exécutée par tous les groupes, sur le Golf-Hôtel d'Hyères, où se trouvaient retranchés d'importants éléments adverses, l'infanterie et les fusiliers-marins précèdent le Régiment dans la plaine de la Crau, puis le 22, sur la crête du Touar où les batteries ennemies de 88 tirent à bout portant. Elles sont réduites au silence. Le 23, La Garde, le 24, Saint-Jean-du-Var, le 25, le cap Brun, sont occupés après maints épisodes glorieux. L'aspirant Philippe, un des premiers ralliés de 1940, est tué alors qu'il se rendait à l'observatoire.
La bataille se fait plus dure. Aux abords de la ville, l'ennemi encerclé résiste avec acharnement. L'artillerie tire sans cesse pour appuyer les attaques et pilonner les batteries du cap Brun, de Sainte-Marguerite, du fort de Lamalgue qui se rendent tour à tour.
Enfin, le Régiment secondé par la marine alliée écrase les tourelles de Saint-Mandrier. La bataille de Toulon est terminée.
La division reçoit alors la mission de poursuivre l'ennemi en retraite sur la rive droite du Rhône, mais il faut attendre que des ponts temporaires soient lancés. Le 29 août, le Rhône est franchi près d'Avignon. Après un regroupement dans la région de Remoulins et Uzès, c'est sous la pluie, une étape éclair de vingt-quatre heures sans interruption, par les hauts cols des Cévennes vers Saint- Etienne, au milieu des populations enthousiastes qui saluent les premières troupes françaises.
Le 2 septembre au soir, les batteries arrivant sur Lyon par l'ouest sont prêtes à tirer : la ville est libérée dans la journée du 3, et le 5 septembre, le Régiment défile dans la ville, acclamé par une foule délirante. Le 15, son Étendard est présenté au défilé des troupes à Dijon. Puis la 1ère Batterie, appuyant le 1er Bataillon de Légion Étrangère pousse jusqu'à Autun. Plus de 3 000 prisonniers sont faits dans cette opération.
Le contact est repris avec l'ennemi entre Villersexel et Baume-les-Dames. Le 19 septembre, le Régiment se retrouve en ligne. La division progresse vers l'est. Plusieurs positions sont occupées successivement aux environs d'Athesans, de la Vergenne, puis la résistance ennemie s'accroît, et les tirs des groupes d'appui direct, sous les ordres du lieutenant-colonel Maubert, permettent la conquête de Moffans, Lyoffans, Andornay, Magny-Jobert, Frédéric-Fontaine, Clairegoutte, Lomontot et des bois touffus qui entourent ces localités.
Le Régiment se déplace le 30 septembre vers le nord entre la Côte et Le Thillot. Après une lutte ardente et des pertes sévères, Ronchamp est pris le 2 octobre.
Dans le courant de ce mois, aucun grand mouvement n'a lieu : c'est une guerre de position, dure pour les hommes, car il pleut sans cesse : pièces et véhicules s'enfoncent dans la boue, et la neige fait sa première apparition.
Champagney, Auxelles-Bas où sont retranchés de nombreux éléments ennemis et les observatoires placés sur les crêtes dominant la vallée de Plancher-les-Mines sont pilonnés sans cesse. L'offensive sur Belfort et Mulhouse se prépare. Elle a lieu dans un terrain difficile, dans la boue et la neige. Une grande quantité de mines et de pièges accumulés par l'ennemi pendant un mois rend la tâche aussi hasardeuse que pénible. Le 19 novembre, le front est enfoncé. Champagney dépassé dans un premier bond, le Régiment se déploie dans la vallée de Plancher-Bas.
Le 20 novembre, en pleine action offensive, la division perd son chef, le général Brosset. Le Régiment en deuil défile au crépuscule à l'endroit même où vient de tomber le fougueux animateur qui, depuis la Tunisie, a conduit la 1ère D.F.L. à la victoire.
La lutte redevient ardente devant Giromagny, dont la prise ouvrirait la voie vers Thann et balaierait la menace qui pèse sur l'axe de marche des divisions blindées en route vers Mulhouse. Dans une phase de ce coup de boutoir, le capitaine Messager, en liaison avec les éléments avancés d'infanterie du B.M. 24, est tué.
Le 24, cependant, Giromagny tombe, puis dans une dernière ruée, la division sous les ordres de son nouveau chef, le général Garbay libère Grosmagny, Etueffont, Rougemont, atteint Massevaux et Thann. La plaine d'Alsace est atteinte.
C'est une nouvelle épopée qui vient de s'inscrire au tableau du Régiment. Sous des pluies glaciales et continuelles, dans une boue montant jusqu'aux essieux des camions, il a manœuvré aussi vite que sous le soleil d’Italie. Le 1er R.A. a perdu maintenant tous ses éléments noirs et vient de donner le baptême du feu aux jeunes Français qui de Toulon à Lure se sont précipités dans ses rangs et se montrent dignes de leurs anciens.
Trempé, transi, meurtri aussi, le Régiment est mis au repos par fractions.
Le 11 décembre, à Luxeuil, le Régiment est représenté par deux de ses groupes à la prise d'armes des adieux de la division au général d'Armée de Lattre de Tassigny, commandant la 1ère Armée Française.
Rattaché aux Forces Françaises de l'Ouest du général de Larminat, il se dirige sur la Gironde où une offensive contre les ports de l'Atlantique est envisagée.
Les batteries à peine installées, la division est brusquement rappelée en Alsace le 26 décembre pour relever la 2ème division blindée du général Leclerc qui doit se rendre dans la région de Bitche, en appui des Américains qui subissent dans les Ardennes l'offensive du maréchal Von Runstedt. Le retour est effectué à la même vitesse que l'aller : par un froid terrible, les colonnes traversent l'Ouest et le Centre gelés, puis arrivant aux Vosges, y trouvent la neige et l'hiver déjà solidement installés.
Les 1er et 2 janvier 1945, le Régiment s'établit entre Sélestat et Erstein. Le secteur est soumis de tous côtés à la pression allemande et le front tenu par la division est très étendu.
Cependant, dans la nuit du 6 au 7 janvier, éclate une très violente canonnade ; c'est une attaque allemande de grande envergure qui se déclenche et dont le but est de reprendre Strasbourg, capitale politique et géographique de l'Alsace. La 4ème brigade d'infanterie, appuyée par le groupement Jonas, composé de huit groupes d'artillerie supporte le choc. L'ennemi a massé des troupes et des engins blindés dans la poche de Colmar. Il porte son effort vers le nord entre le Rhin et l'Ill. La situation est critique dès le début de l'action. Les pointes avancées sont submergées et se replient sur la garnison d'Obenheim un autre point fort est constitué par les deux villages voisins de Herbsheim et de Rossfeld. Les observatoires isolés signalent par radio dans la matinée du 7, la manoeuvre de chars allemands de 60 tonnes appelés "Köniqstiqer" (Tigres Royaux) armés de canons de 88, dernière création et orgueil du corps blindé allemand.
Pendant quatre jours, la lutte est ardente et sans répit pour les troupes encerclées et pour les groupes d'artillerie qui, par leurs tirs massifs, infligent de grosses pertes aux assaillants d'Obenheim et sauvent les garnisons de Rossfeld et d'Herbsheim. Dans ce dernier village, se trouve une batterie du Régiment. Elle perd trois de ses pièces au début de l'attaque, avec 4 tués et 17 blessés, mais sous l'énergique impulsion du lieutenant Ravix, elle détruit un char allemand, des transports d'infanterie chenillés à quatre-vingts mètres, combat avec ses armes portatives dans les rangs des fantassins tandis que la section anti-chars du Régiment se distingue en stoppant net par des tirs à vue, toutes les attaques allemandes de blindés. Une autre batterie située à Heussern est également attaquée par des chars.
A Obenheim, pendant quatre jours également, les troupes encerclées se battent pied à pied. Tous les observateurs d'artillerie disséminés dans la plaine se replient dans le village encerclé, et communiquent au commandement, les renseignements sur les mouvements ennemis mais le 10 au soir, une attaque convergente d'infanterie appuyée par des chars pénètre jusqu'au cœur du village, et c'est enfin le silence sur des maisons en flammes où gisent plus de 200 tués et blessés dans la neige, tandis que les dernières munitions sautent et que brûlent les véhicules incendiés par leurs chauffeurs. Cette défense héroïque a brisé l'élan de l'ennemi qui s'arrête devant Kraft et Benfeld, après avoir subi des pertes très lourdes.
Au cours des jours suivants, les attaques reprennent et des agents ennemis, que l'on ne décèlera jamais malgré des rondes et des patrouilles, coupent sans cesse les fils téléphoniques entre les batteries. Ils aident même au réglage des tirs ennemis, et c'est ainsi que dans la brume, certaines batteries du Régiment sont pilonnées sans cesse alors qu'elles occupaient des positions d'où elles n'avaient jamais tiré.
Le lieutenant Michel Faul est tué à son poste de commandement au cours d'un de ces bombardements. Il était également de ces jeunes qui avaient rejoint le général de Gaulle en Angleterre dès le mois de juin 1940.
Malgré ses attaques, malgré les agissements de ses partisans, l'armée allemande restera sur les rives de l'Ill qu'elle ne pourra franchir. La menace contre Strasbourg est écartée.
Enfin, le 23, après un remaniement de dispositif et de considérables renforts d'artillerie, le 2ème Corps d'Armée attaque en direction de Marckolsheim successivement, Illhaeusern, Elsenheim et l'Illwald sont pris. Quoique le froid soit intense, l'activité dépasse celle du début du mois et les piper-cubs volent sans interruption : batteries, colonnes en marche, chars, ouvrages, rien ne leur échappe. La résistance de l'ennemi est opiniâtre, mais notre infanterie avance pas à pas elle combat devant chaque bois, chaque boqueteau, chaque haie. Un mouvement tournant effectué au nord par un combat-command blindé achève la déroute allemande. Finalement, grâce à un tir fusant d'une précision extrême, soutenu pendant des heures, le pont de Marckolsheim, clé de a ville, tombe intact entre les mains des fusiliers-marins. Les blindés s'y engouffrent, marchant vers Neufbrisach. Le 3 février, la 1ère D.F.L. est sur le Rhin.
Pendant quelques semaines encore, le Régiment monte la garde sur le fleuve effectuant des tirs de représailles en terre allemande pour répondre aux bombardements de Sélestat.
Le 11 février, à Saverne, l'étendard victorieux est présenté une nouvelle fois au général de Gaulle.
C'est maintenant aux environs de Sainte-Marie-aux-Mines que le Régiment se porte, par fractions, pour y goûter quelques jours de repos et dès le 7 mars, le voilà de nouveau en route pour les Alpes cette fois, avec la division tout entière.
Plus que jamais, il va s'y articuler en groupements séparés et qui comprendront parfois des éléments étrangers et jusqu'à des canons pris à l'ennemi. Ce sont des opérations de caractère local qui sont entreprises en divers ponts du front des Alpes, pour fixer d'abord, battre ensuite, un ennemi installé sur les crêtes, dans les forts et dans les hautes vallées qui bordent la frontière d’Italie.
Au Nord, le groupement du commandant Crespin opère en Haute-Tarentaise à la fin de mars par mauvais temps, puis se porte en Maurienne pour soutenir une demi-brigade de chasseurs, enfin, en Ubaye contribue à repousser l'ennemi jusqu'au col de Larche.
Le 10 avril, le lieutenant-colonel Maubert soutient l'attaque de la 4ème Brigade pour prendre le massif de l'Authion avec en position à Peyracave le groupement Marsault (3ème Groupe renforcé de batteries de tous les autres groupes) tandis qu'au Nord, le groupement Morlon appuyant des éclaireurs skieurs fait diversion par ses tirs en Haute-Tinée et en Haute-Vésubie et qu'au Sud le groupement Chavanac opère sur la Riviera italienne.
Tour à tour, les forts de l'Authion : la Forca, Mille Fourches, Plan Cavai, la Béole, tombent sous les tirs massifs d'obus explosifs et fumigènes. Puis les batteries sont déplacées et sur l'Authion même, occupent des positions acrobatiques et dangereuses, l'une d'elles à moins de mille mètres des Allemands. Elles tirent sur Tende et San-Dalmazzo en Italie. La Vallée de la Roya est conquise.
Le 25 avril, c'est une dernière relève, par des éléments de montagne. Le Régiment est au repos dans la plaine où le trouve la capitulation de l'Allemagne. Deux pièces du Régiment en batterie sur la place Masséna à Nice, tirent les 101 coups de canon de la Victoire.
La campagne du 1er Régiment d'Artillerie est terminée. Devenant le 1er Régiment d'Artillerie Coloniale, il prend jusqu'au 30 mai un repos mérité, puis fait mouvement vers la région parisienne. Le 18 juin 1945, avec ses quatre groupes et tout son matériel, guidé par le colonel Bert qui l'a commandé pendant toute la campagne de France, il passe sous l'Arc de Triomphe de l'Etoile et défile devant le général de Gaulle, à qui pendant cinq ans, dans les pires moments de la tourmente, il a toujours répondu "Présent !"