Nous vous proposons de découvrir l'histoire des emblèmes du régiment depuis sa création en 1792. Avant cette date, plusieurs drapeaux ont existés dans les troupes d'artillerie de marine et feront l'objet d'un traitement ultérieur. 

La difficulté est de retrouver des sources officielles, notamment concernant les inscriptions. A chaque fois que nous aurons un doute sur les sources, cela sera mentionné.

Nous n'avons pas connaissance d'emblème particulier attribué au régiment lors de sa création en 1792. Il faut cependant noter que l’usage de faire figurer des inscriptions commémoratives sur les drapeaux régimentaires remonte à 1797. Bonaparte fut le premier à faire inscrire sur les emblèmes des ½ brigades de l’armée d’Italie, les noms de batailles.

Le 28 avril 1800, par l’intermédiaire de Murat, une demande de drapeaux est faite auprès du ministre de la Marine. Le modèle n’est pas connu.

Le 28 juillet 1802, l’amiral Villaret Joyeuse parle de drapeau orné de deux canons en sautoir surmonté d’un bonnet de la liberté, mais nous n'avons pas retrouvé ce modèle. 

A ce jour, les premiers documents qui attestent de l'attribution d'un emblème au régiment datent de 1804. En effet, le 5 décembre 1804 (14 frimaire an 13), l’empereur distribue personnellement les aigles et étendards à l’ensemble des régiments sur le champ de Mars.

Remise des Aigles par Napoléon 1er le 5 décembre 1804 - Tableau de Jacques-Louis David

Le colonel Baudry d’Asson, commandant le régiment, accompagné d’une députation de 3 officiers, 3 sous-officiers et 6 soldats, reçoit 4 aigles et 4 étendards modèle Picot portant à l’avers « l’Empereur des français au 1er régiment d’artillerie de la marine » et au revers « Valeur et Discipline, Xème bataillon » (de 1 à 4). Losange central blanc et des triangles d’angles bleus et rouges.

Simulation du modèle 1804

Huit ans plus tard, il est remplacé par un nouveau modèle, dit de 1812. C'est une étoffe composée de trois couleurs, bleue, blanc et rouge, en bandes verticales dont les dimensions sont de 33 pouces de côtés (90 cm), non compris la frange, pour les corps de troupe à pied, et de 22 pouces de côtés (60 cm), pour les corps de troupe à cheval. Aux angles supérieurs se trouve la couronne impériale ; aux angles inférieurs l’image d’un aigle ; les unes comme les autres entourées par une couronne de chêne contenant l’initiale de l’Empereur. La hampe à 8 pieds de haut et la cravate descend jusqu’à la moitié du tablier. La bordure entière est brodée en or avec quelques ornements, des abeilles et des étoiles. Il porte à l’avers « l’Empereur Napoléon au 1er régiment du corps impérial de la marine » et sans inscription au revers. Il n’y a pas de remise officielle du drapeau.

D’après l’historique du 2ème RAMa, rédigé par le colonel ® Van den Bogaert, l’étendard du 1er régiment d’artillerie de marine comportait les inscriptions Ulm, Iéna, Eylau, Friedland, Essling et Wagram en 1812. Nous n’avons trouvé aucun texte de référence qui confirme ces éléments. Pour ces différentes batailles, le régiment avait envoyé des officiers et des hommes en renfort mais pas en unité constituée. 

Simulation du modèle 1812

Le 14 octobre 1813, lors de la bataille de Leipzig, le 1er régiment de marine défend une position en ligne proche du village de Möckern. Le porte-drapeau Mutel demande à remettre l’Aigle dans sa fourre parce que son éclat au soleil présente un point de mire pour l’ennemi. Le Major lui répond « En un si beau jour, on ne peut trop faire briller l’Aigle impériale ». Le régiment est quasiment décimé par les charges de cavalerie prussienne. Mutel casse le bâton de l’Aigle et met l’emblème sous son manteau. L’historique du régiment de Hussards de Meclembourg- Strelitz rapporte qu’après la destruction du carré français, un cavalier rattrape deux officiers et d’un coup de sabre renversa l’un d’eux qui cherchait à dissimuler l’Aigle sous son manteau. Blessé, il la serrait convulsivement sur sa poitrine et ne la lâcha qu’après un second coup de sabre sur la tête. D’après le journal de marche du régiment de Dragons de Lithau, le drapeau aurait été découvert sous un monceau de cadavres. Déposée à l’église de garnison de Postdam l’Aigle à disparu depuis longtemps mais le drapeau y était encore en 1939.

A la première restauration le 6 avril 1814, le Roi ordonne de fondre les aigles et attribue de nouveaux emblèmes aux régiments, des drapeaux blancs fleurdelisés.

Le 1er juin 1815, au début de la période dite des cent jours, l’empereur remet une aigle et un étendard modèle 1815 à plusieurs régiment sur le champ de Mai.

Remise des Aigles par napoléon le 1er juin 1815 au champ de mai - Gravure de Fortuné Méaule paru dans "Histoire de l'empire" volume 4 d'Adolphe Thiers

Le régiment, qui reste officiellement le 1er régiment de canonniers de la marine en l’absence de nouveau décret, ne participe pas à cette cérémonie mais recevra son nouvel emblème, en tant que 1er régiment de l’artillerie de la marine, du préfet en avril.

Simulation du modèle de 1815

Le 8 juillet 1815, le retour de Louis XVIII et l’avènement de la seconde restauration entraine la destruction des emblèmes.

De 1816 à 1822, le corps est organisé en bataillons d’artillerie de marine qui reçoivent tous un drapeau blanc aux armes de la France.

Drapeau du 6° bataillon publié dans la revue Tropiques

Lors de la formation du régiment en 1822, aucun emblème n’est attribué par le Roi. Cet oubli sera corrigé par décision royale du 26 octobre 1842. Le colonel Préaux, commandant le régiment d’artillerie de marine, reçoit officiellement le drapeau le 1er mai 1843. La restauration avait aboli le dispositif d’inscription des noms de bataille. Le drapeau est tricolore. L’étoffe, en soie, bordée par des franges d’or, porte d’un côté les mots « Le Roi des Français à tel régiment » et de l’autre la devise de la Légion d’Honneur « Honneur et Patrie ». Au sommet de la hampe est fixé un coq en bronze doré, aux ailes légèrement déployées, dit coq gaulois.

Simulation du modèle de 1831

A la chute de Louis Philippe, la seconde République remet de nouveaux drapeaux aux députations de l’armée le 20 avril 1848 sous l’arc de triomphe lors de la fête de la fraternité.

Remise des drapeaux à l'arc de triomphe le 20 avril 1848 - Gravure de Jules Gaildreau et Fichot

L’emblème est tricolore avec une hampe surmontée d’un fer de lance en bronze doré. Sur la partie flottante, d’un côté est inscrit « Unité Liberté Egalité Fraternité » entourant l’inscription « République Française ». Au revers est brodé en lettre d’or le numéro du régiment et l’inscription « Valeur et Discipline ». Les anciens drapeaux et étendards sont versés dans les directions d’artillerie.

Simulation du modèle de 1848