Le canon de 75 est une bouche à feu emblématique qui a fortement marqué l’histoire de l’armée française. De nombreuses publications, à la gloire du 75, ont été publiées. Notre objectif n’est pas de s’y substituer mais de proposer une synthèse de cette vaste documentation en s’attachant plus particulièrement aux versions qui ont servi au régiment. Pour des informations plus détaillées, nous vous invitons à consulter le site canonde75modele1897.blogspot.com.

La genèse

A l’issue de la guerre de 70, l’armée française prend conscience de l’infériorité de son artillerie de campagne. Elle développe dans un premier temps le canon de 90 de Bange qui, bien que performant, présente de nombreuses limitations pour un armement de campagne.

LCL Deport

En 1892, alors que les Allemands développent un canon avec frein pneumatique, le général Mathieu, directeur de l’artillerie, ordonne que l’on développe un canon similaire qui s’inspire du canon de 52 mm conçu par le capitaine Sainte Claire Deville. C’est l’acte de naissance du canon de 75.

Le commandant Deport, directeur de ateliers de Puteaux, est chargé du développement et produit un premier canon en 1894. Malgré ses qualités balistiques remarquables, son frein est déficient et est inapte à servir en campagne. Le lieutenant-colonel Deport quitte l’armée et ce sont les capitaines Sainte Claire Deville et Rimailho qui poursuivent le développement du canon.

Général Sainte Claire Deville

Les études se font dans le plus grand secret et, afin de tromper l’espionnage Allemand, de faux projets désignés 75A et 75B sont développés. Nous sommes en pleine affaire Dreyfus et l’on voit alors des espions partout. Le budget de développement est masqué afin de tromper l’ennemi. Et cela fonctionne car les Allemands développeront le canon Krupp de 77 largement moins performant que le canon de 75 en utilisant des renseignements erronés.

En décembre 1896, après un essai sans incident au cours duquel 10 000 coups de canon seront tirés à une cadence de 20 coups par minute, une commande de 600 canons est lancée pour 1897.

Le canon de 75 entre officiellement en service dans l’artillerie le 28 mars 1898 et est présenté au public pour la première fois lors du défilé du 14 juillet 1899.

Il est retiré du service à la fin de la guerre d’Algérie en 1962, soit après 64 années de bons et loyaux services !

Les innovations techniques

Avant d’aborder les caractéristiques, il faut comprendre que le canon de 75 a été développé comme un système d’arme complet avec de nombreuses innovations techniques.

Le frein hydraulique est l’innovation principale car elle permet d’absorber en totalité le recul du canon sans faire bouger l’affût. Cela évite donc le repointage entre chaque coup. Lors du tir, le canon recule sur une longueur de 1,22 mètre au maximum.

La culasse, de type Nordenfeldt, est également révolutionnaire puisque la fermeture et le verrouillage se font en un seul mouvement par une rotation de 120°, autorisant ainsi une cadence de tir rapide.

Le système de pointage permet un fauchage horizontal sur 100 millièmes sans avoir à repositionner la pièce. C’est d’ailleurs la première utilisation des graduations en millièmes sur une bouche à feu française. L’idée, développée en 1864 par le colonel Charles Dapple de l’artillerie Suisse, est donc reprise par la France en 1894.

L’affût dispose de deux patins escamotables qui viennent se positionner sous les roues lors de la mise en batterie ainsi que d’une bêche de crosse. Le canon repose alors sur trois points et lors du premier coup de canon, le tout recule de 10 centimètres et ne bouge pratiquement plus.

– Enfin, les munitions sont transportées verticalement dans un caisson séparé et lors de la mise en batterie, les caissons sont basculés à la verticale ce qui permet aux servants de prendre les obus à l’horizontale. Surtout, le caisson est placé à côté de la pièce offrant ainsi une protection supplémentaire pour les servants puisque les caissons sont blindés. 

Les innovations organisationnelles

La conséquence de ces avancées technologiques et ergonomiques fait évoluer la batterie de tir qui passe de 6 à 4 pièces, mais avec une capacité de feu très largement supérieure.

Pour la première fois, l’artillerie dispose d’une souplesse d’emploi et d’action qu’elle n’a jamais connu jusqu’à présent.

La batterie de 75 montée

Une batterie complète se compose de 4 pièces constituées de 2 attelages mais également d’un train de combat monté utilisant les mêmes caissons, soit 14 voitures.  Au total ce sont 22 voitures qui sont utilisées !

L’équipe de pièce se compose de 6 hommes, un maréchal des logis chef de pièce, un pointeur, un chargeur, deux pourvoyeurs et un déboucheur. A cela il faut ajouter les conducteurs des attelages, soit un total de 16 hommes.

Au bilan, une batterie montée est armée par 171 hommes et 168 chevaux.

Les caractéristiques techniques

Calibre : 75 m/m

Longueur du canon : 2,72 mètres

Portée maximale : 11 000 mètres

Poids de la pièce en batterie : 1140 kg

Pointage en hauteur : de -11 à +18 degrés (-200 à +300 millièmes)

Pointage en direction : 6 degrés (100 millièmes)

Cadence de tir maximale : 28 coups par minute

Cadence de tir pratique : 6 coups par minute

Vitesse initiale : entre 525 et 577 m/s

Les munitions

A l’origine, il n’y a que deux types de projectiles : obus explosif et obus à balles. Mais lors du premier conflit mondial apparaissent des obus spécifiques : fumigène, éclairant, incendiaire, toxique et perforant.

– Obus explosif : 5,3 kg
– Obus à balles : 7,24 kg
– Obus explosif allongé : 7,98 kg

Les munitions sont encartouchées avec une douille en laiton contenant des sachets de poudre B. Pour éviter l’échauffement de la poudre, très sensible à la température, le matériel est peint en couleur claire à la différence des autres matériels de l’époque.

Afin de réaliser des tirs fusants, il est mis en place un débouchoir. C’est un système innovant qui permet de régler le fusées en coupant une mèche lente. Le système est entièrement mécanique et le « déboucheur » doit juste régler l’appareil selon les ordres du chef de pièce.

Débouchoir

Chaque pièce dispose de 120 obus en propre et jusqu’à 269 obus avec le ravitaillement du train de combat.

Une pièce est composée de 2 attelages :
– L’attelage de pièce constitué du canon et d’un avant-train emportant 24 obus
– L’attelage de munitions constitué d’un arrière-train avec un casier de munitions de 72 obus et d’un avant-train de 24 obus.

Les engagements en opération

Le canon de 75 est envoyé pour la première fois en campagne lors de l’expédition de Chine de juillet 1900. Contrairement a ce que l’on peut souvent lire, il ne participe pas au siège de Pékin car le corps expéditionnaire venant de Marseille débarque à Takou en septembre, soit après la fin des hostilités. La colonne de secours qui met un terme au siège de Pékin le 14 août 1900 a mis en œuvre 4 batteries de 80 de montagne et 1 batterie de 80 de campagne provenant de Cochinchine et servis par l’artillerie coloniale. Le groupe de 75 participera uniquement aux opérations de pacification et permettra de montrer aux troupes multinationales ses avancées techniques.

Lors de la campagne du Maroc, à compter de 1907, il impressionne par son efficacité.

Son premier emploi dans un conflit européen a lieu durant la première guerre balkanique d’octobre 1912 à mai 1913 qui oppose la ligue balkanique (Serbie, Bulgarie, Grèce et Monténégro) à l’empire Ottoman. Le canon de 75, qui équipe la ligue, est confronté pour la première fois au canon de 77 allemand et le surpasse largement. 

Mais c’est la première guerre mondiale qui va révéler les forces … et les faiblesses du canon de 75. Lors de l’entrée en guerre en 1914, la France dispose de 3860 pièces et en novembre 1918 ce sont 5364 pièces qui sont en lignes.

Lors du second conflit mondial la France met en ligne 4000 canons de 75.

Le canon de 75 au 1er RAC et au RA FFL

Nous vous proposons une page spéciale sur les versions du canon utilisées par le régiment de 1898 à 1942, notamment la partie du RA FFL qui a vu de nombreuses adaptations originales. 

– 1898 à 1924 au 1er RAC à Lorient

– 1929 à 1940 au 1er RAC à Libourne

– 1940 à 1942 au RA FFL

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