Rochefort fait partie des trois garnisons historiques de l’artillerie de marine avec Brest et Toulon. Si le régiment n’y a tenu garnison que de 1822 à 1914, ce n’est qu’une partie des 221 années de présence des bigors dans cette ville. Il convenait donc de revenir sur l’histoire de cette garnison.
Brest étant le seul port militaire de la France sur l’Atlantique, le Roi Louis XIV en voulu un autre. C’est donc en 1666 qu’est fondée Rochefort à partir de terres rachetées par le Roi. C’est le bâtiment de la corderie qui est construit en premier dès 1666, suivi de la fonderie en 1668. La ville est officiellement créée par lettre patente du Roi du 5 mars 1669. En 1671 la forme de radoub, le magasin des vivres, l’hôpital et le magasin général seront construits à leur tour. En 1673, la ville compte près de 20 000 habitants.

La caserne Martrou dans les années 1950
Après une tentative de destruction de l’arsenal par les Hollandais le 4 juillet 1674, il est décidé de fortifier la ville. La construction des remparts débute en 1676 et comporte trois portes, Martrou, La Rochelle et Charente. La caserne Martrou sort de terre entre 1688 et 1693 pour accueillir 800 hommes des troupes de marine. Jusqu’à cette date les hommes étaient logés chez l’habitant, ce qui constituait une énorme contrainte pour la population.
La caserne étant livrée, cela permet la création d’un poste de commissaire général de l’artillerie à Rochefort, à l’image de Brest et Toulon, ainsi que la création d’une compagnie de bombardiers et d’une compagnie d’apprentis canonniers.
La garnison a rapidement mauvaise réputation à cause des problèmes sanitaires liés à l’environnement marécageux. De nombreuses épidémies sévissent responsables de nombreuses victimes. De lourds travaux d’assainissement de la ville sont entrepris.
Le Roi créé également le 27 mai 1730 une compagnie de cadets, destinés à former les gentilhommes destinés à servir dans les colonies. Cette compagnie à alors l’exclusivité de la formation pour les colonies.
Les effectifs de la garnison restent relativement stable jusqu’en 1757, partagée entre la compagnie de bombardiers et les dix-sept compagnies franches de la marine. La situation évolue radicalement à cette date avec le début de la guerre de sept ans qui nécessite une refonte totale de l’organisation des troupes. En prévision d’une augmentation d’effectif, la ville fait l’acquisition de la caserne Tréville en 1760.
Le 5 novembre 1761, les compagnies franches de la marine et la compagnie de bombardiers sont fusionnées pour former la brigade d’artillerie de Rochefort qui passe sous la subordination de la Guerre. La fin de la guerre et la signature du traité de Paris du 10 février 1763, entraine une réduction des effectifs et la brigade d’artillerie de Rochefort est dissoute le 5 mars 1764.

Drapeau du régiment de Rochefort
Cette brigade est recréée le 10 décembre 1769, mais pour une existence brève puisque le 10 février 1772, une nouvelle réorganisation créé le régiment de marine de Rochefort. Le régiment est constitué d’une compagnie de bombardiers, d’une compagnie de canonniers et de sept compagnies de fusiliers.
Mais une fois encore, cette organisation est de courte durée puisque les régiments sont dissous le 26 décembre 1774. Le régiment de marine de Rochefort est transformé en une compagnie de bombardiers et vingt compagnies de fusiliers.
Le 4 février 1782, une ordonnance du Roi créé le Corps royal de la marine qui réorganise l’infanterie en trois divisions de dix sections de trois compagnies. Une de ces divisions s’installe à Rochefort.
Le 1er janvier 1786, le Roi créé le Corps des canonniers matelots avec neuf divisions de neuf compagnies en remplacement des cent compagnies franches et des trois compagnies de bombardiers. Les 8ème et 9ème divisions sont en garnison à Rochefort. Il devient alors urgent de créer de nouveaux casernements.
Les premiers projets d’une nouvelle caserne sont élaborés en 1784 mais n’aboutissent pas par manque de place et à cause de l’opposition de la population qui refuse de céder du foncier. Il est donc décidé d’utiliser l’emplacement de l’ancien hôpital puisque, depuis juin 1788, une grande partie des malades ont été transférés dans le nouvel hôpital. C’est en 1789, que les canonniers-matelots s’installent dans la nouvelle caserne qui peut accueillir de 800 à 900 hommes et qui prend le nom de quartier Charente du fait de sa proximité avec la porte Charente.
Les deux casernes, Martrou et Charente, disposent chacune d’une vaste cour où se font les exercices d’infanterie ainsi que d’une batterie armée de mortiers et de canons de divers calibres, pour l’école et les exercices d’artillerie. Les exercices à feu ont lieu, pour l’infanterie, hors la ville dans une prairie près de la porte de Martrou, pour le canon, sur le rempart de la ville, entre les rues Saint-Louis et Saint-Jacques; pour le mortier, sur le rempart, près de la caserne Charente.
Le 14 juin 1792, le Corps des canonniers matelots est a son tour supprimé et remplacé par le Corps d’artillerie de marine constitué de deux régiments d’artillerie de marine et de quatre régiments d’infanterie de marine. Le 2ème bataillon du 2ème régiment d’artillerie de marine et le 4ème régiment d’infanterie de marine tiennent garnison à Rochefort. Mais suite au comportement des troupes de marine durant le siège de Toulon de 1793, le 28 janvier 1794, la convention décide de supprimer les régiments de la marine et de verser les effectifs dans les bataillons de volontaires nationaux.
Les conséquences de cette décision se font vite sentir sur la protection des ports et des arsenaux. La convention décide donc de créer les Troupes d’artillerie de marine sur la base de sept 1/2 brigades d’artillerie de marine en absorbant dans un même corps artilleurs et fantassins. La 5ème brigade est affectée à Rochefort avant d’être transformée en 3ème régiment d’artillerie de marine le 5 mai 1803.

Casernes Charente, Kilmaine et Joinville dans les années 1950
En 1811, la caserne des ouvriers d’artillerie est construite proche de la fonderie. Elle prend le nom de caserne Kilmaine.
Le 1er juillet 1814, les quatre régiments d’artillerie de marine sont transformés en régiments de canonniers de la marine avec le 3ème régiment à Rochefort. Le corps est licencié le 23 mars 1815 et ce n’est que le 21 février 1816 que sont recréés des bataillons d’artillerie de marine dont les 3ème et 6ème bataillons stationnent à Rochefort.
A l’issue de près de 60 années de réorganisations incessantes, l’artillerie trouve enfin une certaine stabilité avec la création du régiment d’artillerie de marine le 7 août 1822. A compter de cette date, Rochefort devient une garnison secondaire qui accueillera entre 2 et 4 compagnies d’artillerie de marine.
L’ordonnance du 20 novembre 1838, créé trois régiments d’infanterie de marine, dont le 2ème prend garnison à Rochefort à la caserne Martrou dans un espace de plus en plus contraint.
En 1840, la fonderie de Rochefort est supprimée et son personnel et son matériel sont transférés à la fonderie de Ruelle. Cette décision est motivée par la trop grande proximité des côtes et donc une exposition importante à un coup de main ennemi.

Le Prince de Joinville
En 1841, la garnison normale de Rochefort est de 1500 hommes d’infanterie et de 500 hommes d’artillerie, soit un contingent de 2000 hommes. La caserne Charente en accueille 1138 et 150 hommes se trouvent à la caserne Tréville. Le surplus de l’effectif est placé à l’hôpital ce qui fait que la garnison est éparpillée. Il est donc décidé de construire une nouvelle caserne dans le prolongement de la caserne Charente pouvant accueillir 1500 hommes. Les travaux de la caserne débutent en 1841, sur l’emplacement de l’ancien hospice des Orphelines, et elle est inaugurée le 20 avril 1844 par le Prince de Joinville qui donne son nom au quartier Joinville. Nommé contre-amiral le 31 juillet 1843, le Prince de Joinville est auréolé de la gloire de la prise du fort de Saint-Jean d’Ullua et de Veracruz en 1838. Il se distinguera quelques semaines plus tard lors de la prise de Mogador en août 1844.
Le 31 août 1854, à l’occasion de la création d’un 4ème régiment d’infanterie de marine, le 2ème régiment, commandé par le colonel Fiéron, en garnison à Rochefort change de numérotation et devient le 3ème régiment.
En 1861, la porte Charente est détruite afin de permettre la construction des bassins du port de commerce. Une nouvelle porte, la porte Bégon, est construite au droit de la caserne Joinville. Elle rend hommage à l’intendant Michel Bégon qui transforma la cité de 1688 à 1710.
Le 1er mars 1890, le 7ème régiment d’infanterie de marine est créé par dédoublement du 3ème régiment d’infanterie de marine. Il faut alors se partager les casernes.

Plan de Rochefort en 1904 (Caserne Martrou N°32, Caserne Charente N°45, Caserne Tréville N°44, Caserne Kilmaine N°46, Caserne Joinville N°43)
Le 7 avril 1914, les 13ème et 14ème batteries du 1er RAC quittent Rochefort pour tenir garnison dans les îles de la garnison. La caserne Charente est affectée dans sa totalité au 3ème RIC après 125 années d’occupation par l’artillerie de marine. C’est également la fin de la présence de l’artillerie de marine à Rochefort depuis 1693, soit 221 années !
Caserne Martrou
Construite entre 1688 et 1693, la caserne Martrou est une structure de 14 000 m² composée d’un bâtiment central accompagné de deux ailes et de quatre pavillons.
Elle est utilisée à compter du 1er avril 1693 pour loger les troupes de la marine et notamment les bombardiers.

Caserne Martrou
1693 – 1789 : Troupes de la marine (équipages, bombardiers, canonniers, fusiliers)
1823 – 1829 : Annexe du bagne de Rochefort
1830 – 1838 : 4ème dépôt des équipages de la flotte
1838 – 1844 : 4ème dépôt des équipages de la flotte + 2ème régiment d’infanterie de marine
1844 – 1886 : 4ème dépôt des équipages de la flotte
1913 – 1914 : 4ème dépôt des équipages de la flotte + 2ème bataillon du 57ème RI
1914 – 1919 : Dépôts d’internés civils étrangers “indésirables” en France
1919 – 1926 : 4ème dépôt des équipages de la flotte
1938 – 1949 : Ecole des fourriers de la marine
1949 – 1962 : Direction du commissariat de la marine
Depuis 1979, c’est le cercle de garnison et l’antenne du Service Historique de la Défense.
Caserne Charente
En 1789, la nouvelle caserne est livrée. Elle sera occupée successivement par :
1789 – 1792 : 8ème et 9ème division des canonniers-matelots
1792 – 1794 : 2ème bataillon du 2ème régiment d’artillerie de marine
1795 – 1803 : 5ème ½ brigade d’artillerie de marine
1803 – 1812 : 3ème régiment d’artillerie de marine
1812 – 1813 : 1 bataillon du 2ème régiment d’artillerie de marine
1814 – 1815 : 1 bataillon du 3ème régiment des canonniers de la marine
1815 – 1816 : 1 bataillon du 3ème régiment d’artillerie de la marine
1816 – 1821 : 3ème et 6ème bataillons d’artillerie de la marine
1821 – 1822 : 2ème et 6ème bataillons d’artillerie de la marine
1822 – 1835 : 4 compagnies du régiment d’artillerie de la marine
1840 – 1893 : 1 à 2 compagnies, puis batterie, d’artillerie de marine
1893 – 1901 : 2 batteries du 1er régiment d’artillerie de marine
1901 – 1914 : 2 batteries du 1er régiment d’artillerie coloniale
1914 – 1946 : 3ème régiment d’infanterie coloniale
1949 – 1979 : École des apprentis mécaniciens de l’armée de l’air
En 1998, le site est transformé en logements.