La garnison de Libourne possède une longue histoire militaire marquée principalement par la présence des régiments de cavalerie (chasseurs, hussards, lanciers ou dragons). Ce n’est qu’en 1924 qu’elle devient une garnison de l’artillerie de marine à l’occasion de la réorganisation de l’artillerie. L’aventure s’arrêtera en 1940.
Après plusieurs tentatives infructueuses, la construction de la caserne débute en 1764. En 1772, le bâtiment de la troupe est terminé et en 1776 c’est celui des officiers alors que seules les fondations du troisième bâtiment sont réalisées.
L’occupation de la caserne débute en 1772 avec deux compagnies du régiment de Dauphin-dragons. Vont alors se succéder de nombreux régiments de chasseurs, de lanciers, de dragons et de hussards pour de très courtes périodes d’un à trois ans.
La caserne est officiellement remise à l’administration de la Guerre le 22 octobre 1791. Le bâtiment de droite ne sera terminé qu’en 1828.
Alors que la caserne avait été construite à l’extérieur des remparts de la ville afin de disposer d’espace et d’un accès facile aux terrains de manœuvre, un événement lié à l’industrialisation va modifier profondément l’environnement du quartier. En effet, de 1846 à 1848, un viaduc ferroviaire est construit sur la Dordogne afin de relier Libourne à Bordeaux. La voie ferrée est terminée en 1851 et la gare est construite en 1852. Malheureusement son tracé vient longer la caserne de cavalerie est l’isole de la campagne environnante. Cela va limiter fortement les possibilités d’expansion et favoriser l’urbanisation de son environnement proche, ce qui finira par enfermer la caserne dans la ville. Cette évolution est clairement visible en comparant le plan de 1808 et la vue aérienne de la ville de 1950.
La guerre de 1870 marque un changement de politique concernant l’implantation des unités militaires. Dorénavant, on privilégie la stabilité locale des unités dans l’objectif d’une défense territoriale et de la mise en place de la conscription. C’est ainsi que le 15ème régiment de dragons s’installe en 1874.
La conscription instaurée en 1872, nécessite l’accueil supplémentaire, sur le plan national, de 200 000 hommes et de 40 000 chevaux. Toutes les villes sont donc sollicitées pour construire de nouveaux casernements. La ville de Libourne se porte volontaire et c’est ainsi qu’il est décidé de construire une nouvelle caserne dont les travaux débutent en 1875 et se terminent en 1877. Ce quartier se trouve au dos de l’ancienne caserne et forme un grand ensemble fortement restreint par le tracé de la voie ferrée, ne permettant que la construction d’un casernement limité à l’accueil d’un bataillon. C’est d’ailleurs un bataillon du 57ème régiment d’infanterie, ainsi que son dépôt, qui prend possession de la nouvelle caserne.

Le général Lamarque
En 1887, il est décidé de baptiser les casernes.
La caserne historique de cavalerie est nommée quartier Lamarque en hommage au général Jean Maximilien Lamarque (1770-1832), général d’empire originaire des Landes qui s’illustrera durant les guerres de Vendée et d’Espagne. Il sera ensuite député de 1828 à 1832.
La nouvelle caserne d’infanterie reçoit le nom du général de brigade Jean Proteau (1752-1794), né à Libourne.
Le 15ème régiment de dragons et le bataillon du 57ème régiment d’infanterie restent dans la garnison jusqu’en 1921-1923.
En juillet 1923, l’état-major décide de réorganiser en profondeur les régiments d’artillerie avec de nombreux déplacement d’unités. C’est ainsi que le 2ème régiment d’artillerie coloniale, en garnison à Cherbourg depuis sa création en 1893, reçoit l’ordre de rejoindre sa nouvelle garnison de Libourne à compter d’octobre 1923. Le détachement précurseur est commandé par le chef d’escadron Charpentier et cohabite pendant quelques semaines avec le 15ème régiment de dragons. Le 1er janvier 1924, le 2ème régiment d’artillerie coloniale prend possession des bâtiments et devient le 58ème régiment d’artillerie coloniale reprenant ainsi le numéro du régiment d’artillerie de Bordeaux dissous par cette réforme. Il est rattaché à la 35ème division de ligne du 18ème corps d’armée de Bordeaux. Ses effectifs sont alors de 741 français et de 650 soldats des colonies. Il est armé de 3 groupes de 75 à Libourne mais également de 2 groupes de 155 à Bordeaux.
Une nouvelle réorganisation de l’artillerie française conduit à une nouvelle numérotation des régiments et c’est ainsi que le 1er mai 1929, le 58ème régiment d’artillerie coloniale devient le 1er régiment d’artillerie coloniale. Après Lorient, c’est donc la seconde garnison de la portion centrale du régiment, et cela jusqu’en 1940. Une plaque commémorative en mémoire au 15ème régiment de dragons est installée en avril 1933 sur les murs de la caserne.
Durant la seconde guerre mondiale, les casernes sont occupées par les troupes allemandes.
Après guerre, le quartier Lamarque sera occupé par un bataillon du génie de 1945 à 1948 avant de devenir un centre d’instruction du service de santé des armées de 1959 à 2002.
Une plaque commémorative est posée sur les murs du quartier dans les années 50 afin de rappeler la présence de l’artillerie coloniale de 1924 à 1940. La plaque fait référence au 1er régiment d’artillerie coloniale et intègre les noms de batailles d’Argonne, Monastir et Uskub qui font référence au 21ème régiment d’artillerie coloniale durant la première guerre mondiale. Ce qui est cohérent puisque le 21ème RAC a été dérivé du 1er RAC en 1939.
En 2002, c’est l’école des sous-officiers de la gendarmerie qui s’installe avant de quitter les lieux en 2009.
Après de longues années d’inoccupation, les bâtiments reçoivent une nouvelle affectation le 2 août 2023 lorsqu’il est décidé de créer une 4ème Unité d’Instruction et d’Intervention de la Sécurité Civile après les importants feux de forêts qui ont sévit en Gironde en 2022. Les 160 premiers sapeurs-pompiers arrivent à l’été 2024 et la création officielle de l’unité à lieu le 4 décembre 2024. Le site devrait atteindre ses effectifs complets en 2027 avec 580 hommes et 250 véhicules. Le 4 décembre 2024, un décret renomme les UIISC en Régiment d’Instruction et d’Intervention de la Sécurité Civile (RIISC).
Caserne Lamarque
Construite dans un style néo-classique typique du XVIIIème siècle, elle est constituée de trois bâtiments rectangulaires, autour d’une cour précédée de deux pavillons carrés entourés d’une grille. Bien que certains intérieurs aient été remaniés, de nombreux éléments dignes d’intérêt ont été préservés, notamment l’escalier monumental du pavillon des officiers ainsi que la charpente du manège.
La caserne a été occupée par les unités suivantes :
1772 – 1874 : Régiments de chasseurs, lanciers, dragons et hussards
1874 – 1923 : 15ème régiment de dragons
1924 – 1929 : 58ème régiment d’artillerie coloniale
1929 – 1940 : 1er régiment d’artillerie coloniale
1945 – 1948 : 11ème bataillon du génie
1959 – 1979 : CNIEORSSA (Centre National d’Instruction des Élèves Officiers de Réserve du Service de Santé des Armées)
1979 – 1984 : ENEORSSA (Ecole Nationale des Élèves Officiers de Réserve du Service de Santé des Armées)
1984 – 2002 : ENORRSSA (Ecole Nationale des Officiers de Réserve du Service de Santé des Armées)
2002 – 2009 : ESOG (Ecole des sous-officiers de la Gendarmerie)
2024 : RIISC 4 nouvellement créée
