La garnison de Castres possède une longue histoire militaire qui remonte à 1764. Avant de devenir la garnison emblématique du 8ème RPIMa, elle a accueilli de nombreuses unités militaires dont le II/1er RAC de 1946 à 1949. Nous avons choisi de présenter cette garnison car les deux groupes issus du 1er RAC ont arboré l’étendard du régiment avant de connaitre des destinées différentes. 

La ville de Castres est une ville de garnison de longue date avec un premier quartier militaire construit en 1764 sur la rive gauche de la rivière Durenque. Il a une capacité d’accueil de 688 hommes et de 144 chevaux. Comme c’est le cas à l’époque, il verra se succéder de nombreux régiments principalement de cavalerie pour des affectations d’une durée de deux années en moyenne. Le quartier Villegoudou, qui signifie ville des Goths en souvenir de la présence des Goths au 5ème siècle, est alors la seule emprise militaire d’envergure de la ville.

Mais le quartier se retrouve rapidement limité dans ses capacités d’accueil. L’agrandissement du site devient indispensable. En 1823, une extension du quartier est construite sur la rive droite de la Durenque. On y retrouve de nouvelles écuries, une forge, des hangars et un manège.

Carte postale du quartier Villegoudou de part et d’autre de la Durenque

A la suite de la défaite de 1870, le gouvernement décide la construction de nombreuses emprises militaires sur l’ensemble du territoire national. La ville de Castres se porte volontaire pour construire trois nouvelles emprises modernes, le quartier de l’Ardaillé, du nom du lieu-dit où il est construit sur la route de Brassac, le quartier de l’Albinque sur la route d’Albi et le parc Laden sur la route de Toulouse. On prévoit également un terrain de manœuvre à proximité du quartier de l’Ardaillé.

Plan de Castres en 1877

Le quartier Villegoudou se trouve en bas à droite du plan de part et d’autre de la Durenque

Plan de Castres en 1899

Le quartier de l’Ardaillé se trouve dans le carré E2 et le quartier Villegoudou dans le carré D3

Les travaux débutent en 1874 et sont achevés en 1876. Le quartier de l’Ardaillé est conçu pour accueillir un régiment d’artillerie hippomobile tandis que les quartiers de l’Albinque et Laden sont destinés à recevoir les parcs d’artillerie. 

C’est le 9ème régiment d’artillerie de campagne qui est le premier occupant du quartier tandis que le 3ème régiment d’artillerie de campagne s’établit au quartier Villegoudou. La situation ne va pas évoluer jusqu’au début de la première guerre mondiale en août 1914, mis à part pour le 3ème régiment d’artillerie de campagne qui cède la place au 19ème régiment de dragons au début de l’année 1914 afin de rejoindre sa nouvelle garnison à Carcassonne. 

Durant la guerre, le dépôt du régiment sert à la constitution des renforts d’artillerie. C’est ainsi que le 1er avril 1915, plusieurs artilleurs des batteries du 9ème régiment d’artillerie portée forment les 8ème et 9ème batteries du 10ème régiment d’artillerie portée. Celles-ci formeront ensuite le 6ème groupe du 115ème régiment d’artillerie lourde hippomobile.  

Le retour des unités dans leurs garnisons se fait en 1919 et le quartier de l’Ardaillé accueille le 116ème régiment d’artillerie lourde qui est remplacé en 1920 par le 99ème régiment d’artillerie lourde portée.

Pour sa part, c’est le 4ème régiment de dragons qui occupe le quartier Villegoudou en 1919 avant d’être remplacé par le 116ème régiment d’artillerie lourde en 1920 qui change donc de quartier.

La réorganisation de l’artillerie française en 1924 entraine dissolutions d’unités, relocalisations et renommages. A Castres, le 99ème régiment d’artillerie est maintenu au quartier de l’Ardaillé mais renommé en 363ème régiment d’artillerie lourde porté le 1er janvier 1924.

Par contre le 116ème régiment d’artillerie au quartier Villegoudou est dissous. Néanmoins, ses deux groupes restent à Castres et sont rattachés au 56ème régiment d’artillerie de Montpellier. La création des centres mobilisateurs le 1er février 1927, transforme ces groupes en centre mobilisateur d’artillerie N°16 avec rattachement administratif au 56ème régiment d’artillerie.

Lors de la seconde réorganisation de 1929, le 363ème régiment rejoint une nouvelle affectation à Draguignan et est remplacé par le 115ème régiment d’artillerie hippomobile au quartier de l’Ardaillé.

Les quartiers de Castres sont rebaptisés

Par décision ministérielle du 9 décembre 1937, les casernements militaires de la ville de Castres sont renommés.

– La caserne Villegoudou devient la caserne Drouot
– Le quartier de l’Ardaillé devient le quartier Fayolle
– Le quartier de l’Albinque devient le quartier Soult.

Le maréchal Fayolle nait au Puy-en-Velay le 14 mai 1853. En 1873 il est admis à l’École polytechnique et à sa sortie, le 1er octobre 1877, il est affecté au 16ème régiment d’Artillerie. Le 2 mai 1882 il est muté au 3ème Régiment d’Artillerie à Castres où il fait fonction d’instructeur d’équitation et de conduite de voiture pour une petite semaine puisque le 10 mai, il est à nouveau transféré, cette fois au 36ème Régiment d’Artillerie où il remplit les mêmes fonctions. Le 31 décembre 1910 il est nommé général de Brigade puis général de Division le 14 mai 1915. Il reçoit le titre de Maréchal de France le 19 février 1921 et décédera à Paris le 27 août 1928.

A la mobilisation générale du 1er septembre 1939, le 115ème régiment d’artillerie quitte le quartier pour rejoindre les Flandres.

Le CMA 16 de Castres et Montpelier va alors mettre sur pied plusieurs régiments d’artillerie. Le 3ème RAD le 2 septembre 1939, le 364ème RALCP le 2 septembre 1939, le 9ème RAD le 6 septembre 1939, le 203ème RALD le 9 septembre 1939, le 316ème RAP le 11 septembre 1939, le 209ème RALD le 13 septembre 1939, le 287ème RALD le 29 novembre 1939, le 82ème RANA le 15 mai 1940.

Le lieutenant Roger Seferian sera affecté à la batterie divisionnaire antichar du 3ème RAD le 21 avril 1940 et sera fait prisonnier à Dunkerque. Après s’être évadé, il rejoindra les FFL et le RA FFL. Décédé des suites de ses blessures à Bir Hakeim, il sera fait compagnon de la libération.

A la signature de l’armistice le régime de Vichy est autorisé par les Allemands à conserver une armée d’armistice. Castres accueille le 3ème régiment de dragons qui s’installe au quartier Fayolle jusqu’au 11 novembre 1942 lorsque l’armée allemande envahit la zone libre. Le 3ème dragons est dissous et une partie de ses cadres vont prendre le maquis.

Le quartier Fayolle est occupé par les Allemands jusqu’au 18 septembre 1944, date à laquelle ils sont chassés par le corps franc Bayard ou « groupement de Ségonzac ». Ce corps deviendra le 12ème régiment de dragons le 16 mars 1945. Le quartier Fayolle devient alors centre de recrutement pour la 1ère armée.

Installation de l’artillerie coloniale

A la fin de 1945, le général de Lattre décide de réduire de manière drastique les effectifs des armées et dissout de très nombreuses unités. Il décide également de réorganiser en profondeur l’organisation des unités et crée des groupements d’infanterie et des groupements blindés.

C’est dans ce contexte que le 1er RAC subit une transformation majeure avec la dissolution de ses 3ème et 4ème groupes puis sa dissolution afin de former deux groupes autonomes faisant corps. Le 1er groupe, commandé par le chef d’escadron Quirot, rejoint la garnison de Chambéry tandis que le 2ème groupe, commandé par le chef d’escadron Morlon, rejoint la garnison de Castres.

C’est ainsi que le II/1er RAC s’installe au quartier Fayolle en avril 1946.

Le 1er avril 1947, le 12ème groupe d’artillerie antiaérienne colonial est créé et s’installe au quartier Drouot. En 1949, un second groupe d’artillerie antiaérienne colonial est formé à Toulouse. Ces deux groupes forment le 12ème régiment d’artillerie antiaérienne colonial dont l’état-major se trouve à Toulouse.

Le II/1er RAC est renommé I/2ème RAC le 17 février 1949. Ce dernier, en garnison à Sousse en Tunisie, avait été transformé en Régiment d’artillerie coloniale de Tunisie quelques semaines plus tôt le 16 septembre 1948, ce qui rendait l’appellation 2ème RAC disponible.  

Les 3 quartiers militaires de Castres dans les années 50

Le 1er octobre 1952, le groupe du 12ème RAAC de Castres rejoint Toulouse et laisse la place au 13ème régiment de dragons, qui est recréé et qui devient parachutiste à cette occasion. Il s’installe au quartier Drouot.

En septembre 1955, le 13ème RDP reçoit l’ordre de faire mouvement au complet en Algérie. Le quartier Drouot est repris par le I/2ème RAC qui occupe ainsi deux emprises.

Le 1er juin 1956, le I/2ème RAC constitue un groupe de marche qui est engagé dans les opérations en Algérie.

Le 1er mai 1958 il est renommé centre d’instruction du 2ème régiment d’artillerie coloniale.

Lors de la transformation des troupes coloniales en troupe de marine, il devient le centre d’instruction du 2ème régiment d’artillerie de marine le 1er décembre 1958 tandis que le groupe de marche en Algérie devient le I/2ème régiment d’artillerie de marine.

Fin septembre 1962, le I/2ème RAMa rentre en métropole mais sur la garnison de Dinan où il est dissous le 30 septembre 1962. Ses effectifs sont fusionnés avec le centre d’instruction du 11ème RAMa et donnent naissance au 11ème GAMa le 31 septembre 1962.

Les parachutistes remplacent les artilleurs de marine

Entretemps, le dépôt de Castres du 2ème RAMa se regroupe sur le quartier Drouot et transfère le quartier Fayolle aux premiers éléments du 13ème régiment de dragons parachutistes de retour d’Algérie à compter du 26 août 1962. Le CI 2ème RAMa est définitivement dissous le 31 octobre 1962.

Le 13ème RDP n’a pas vraiment le remps de s’installer dans la garnison car à la suite de la création de la 11ème division légère d’intervention, il est décidé de retirer le régiment de l’ordre de bataille de la division parachutiste. Le choix est fait de déplacer le 8ème régiment parachutiste d’infanterie de marine en garnison au quartier Drouot à Nancy pour le rapprocher des autres régiments dans le Sud-Ouest. Le 13ème RDP et le 8ème RPIMa échangent leurs garnisons en juillet 1963.

Que sont devenus les quartiers militaires de Castres ?

Depuis le 25 juillet 1963, le quartier Fayolle est occupé par le 8ème régiment parachutiste d’infanterie de marine. Le quartier n’a pas évolué depuis, hormis le fait que le terrain de manœuvre d’artillerie a été transformé pour y construire un stade de sport et un parcours du combattant.

Concernant les autres quartiers de Castres, le quartier Soult occupé par des unités de gendarmerie à compter de septembre 1939 sera détruit en 1979 pour laisser la place à un casernement moderne occupé par la brigade de recherches de la gendarmerie nationale.

Le quartier Drouot est abandonné peu à peu et est cédé à la ville de Castres. Le quartier historique de la rive gauche est détruit. A sa place on retrouve un nouvel hôtel des impôts. La partie construite en 1823 sur la rive droite est conservée par la municipalité qui y installe ses services. Le manège devient la salle des fêtes Gérard Philippe et le parc à fourrages devient le parc des expositions. Il ne subsiste que deux corps de bâtiments datant de 1823.

Pour sa part, le parc Laden est rebaptisé quartier Servat le 22 septembre 1982. Le centre mobilisateur N°15, qui l’occupe, est dissous 8 juin 1996 et le quartier est cédé à la ville en 2000. Il est détruit dans sa quasi-totalité après avoir provisoirement accueilli le palais de justice de Castres jusqu’en 2007. Il ne subsiste aujourd’hui que le bâtiment d’état-major.

Chronologie de l’occupation du quartier de l’Ardaillé puis du quartier Fayolle

– 1875 : 9ème régiment d’artillerie de campagne
– 1914 : le quartier sert de dépôt afin de compléter des régiments d’artillerie. 
– 1919 : 116ème régiment d’artillerie lourde
– 1920 : 99ème régiment d’artillerie lourde portée
– 01/01/1924 : 363ème régiment d’artillerie lourde portée par transformation du 99ème régiment d’artillerie lourde portée. 
– 05/05/1929 : 115ème régiment d’artillerie hippomobile
– 06/09/1939 : 9ème régiment d’artillerie divisionnaire, recrée à partir du CM 16
– 1940 : 3ème régiment de dragons
– 11/1942 : occupation par les Allemands
– 18/09/1944 : corps franc Bayard ou « groupement de Ségonzac » qui deviendra le 12ème régiment de dragons le 16/03/1945. Le quartier Fayolle devient centre de recrutement pour la 1ère armée.
– 01/04/1946 : II/1er régiment d’artillerie coloniale
– 17/02/1949 : I/2ème régiment d’artillerie coloniale
– 01/05/1958 : Centre d’instruction du 2ème régiment d’artillerie coloniale
– 01/12/1958 : Centre d’instruction du 2ème régiment d’artillerie de marine 
– 26/08/1962 : 13ème régiment de dragons parachutistes
– 25/07/1963 : 8ème régiment parachutiste d’infanterie de marine