A la suite de la déroute de 1870. La IIIème République décide la création, en 1872, d’un service militaire obligataire. L’objectif est d’implanter sur l’ensemble du territoire national des régiments. Cela nécessite donc la construction de nouveaux casernements dans des villes qui n’ont jamais eu de passé militaire. 

La ville de Belley, a 10 kilomètres du lac du Bourget, fait partie des communes qui se portent volontaires pour construire une caserne et accueillir un régiment d’infanterie. La construction, sise rue Saint-Martin, se termine en 1875 et se voit attribué le nom de caserne Sibuet par le Ministre de la Guerre.

Général Sibuet

Elle est baptisée en hommage au général de brigade belleysan Benoît Sibuet. Né le 6 juin 1773 à Belley, il s’engage comme simple volontaire en 1791.

Il participe aux batailles de la révolution et de l’empire.

Promu capitaine en 1800, puis major en 1807, il dévient colonel le 16 janvier 1813 à la tête du 147ème de ligne et participe à la bataille de Bautzen.

Promu général le 23 août 1813, il commande la 2ème brigade de la 17ème division du 5ème corps.

Il meurt noyé dans la Bóbr le 29 août 1813 en essayant de sauver l’Aigle du 147ème de ligne, après avoir fait jeter les aigles de ses régiments à l’eau, brisé son épée et s’être précipité à cheval dans le torrent de la Bóbr où il expire sous les balles ennemies. Son corps n’a pas été retrouvé.

C’est le 133ème régiment d’infanterie, commandé par le colonel Boulanger de 1875 à 1880 et futur ministre de la défense, qui est la première unité à occuper ce casernement. Le régiment se réarticule en 1893 et déploie un bataillon à Pierre Châtel ainsi que des détachements au fort l’Ecluse et au fort des Rousses. 

La capacité d’hébergement du quartier devenant trop limitée, la municipalité de Belley décide de construire en 1913, avenue Hoff, une, nouvelle caserne, baptisée caserne Dallemagne.

Général Dallemagne

Le général de division Claude Dallemagne, est né le 8 novembre 1754 à Peyrieu.

Engagé à 19 ans dans le régiment de Hainaut, il participe à la guerre d’indépendance américaine où il gagne ses galons de sergent à la bataille de Savannah. 

Il participe ensuite aux guerres de la révolution et de l’empire en tant qu’officier. 

Promu général de brigade le 22 décembre 1793, il participe à la campagne d’Italie. Sa conduite à la bataille de Mantoue à la tête de 32ème demi-brigade lui vaut sa promotion au grade de général de division.

En 1802, il est choisi comme député de l’Ain et devient vice-président de l’assemblée en 1805. En mars 1809, il est rappelé par l’Empereur pour prendre la tête de la 25ème division, puis en août 1809 prend le commandement de la 1ère armée de Hollande. 

Le 19 juin 1813 il devient baron d’empire peu de jours avant sont décès le 24 juin 1813 à Nemours. 

Cette nouvelle caserne, très différente de la première, est composée d’une vingtaine de baraquements d’architecture très dépouillée à simple rez-de-chaussée sur terre-plein, alignés en plusieurs rangées parallèles. Certains de ces baraquements sont organisés en logement pour une soixantaine d’hommes, en deux ou trois chambrées séparées par un bloc sanitaire, d’autres servent à l’alimentation, à l’instruction ou comme magasins divers. La capacité totale de cette caserne permet de regrouper les bataillons déployés à Pierre-Châtel et dans les forts mais aussi de prendre en compte l’augmentation des effectifs du régiment du fait du passage en 1913 de la durée du service militaire de 2 à 3 ans.

Le 133ème régiment d’infanterie participe à la grande guerre, où il se couvre de gloire, et retrouve sa garnison en 1919. Mais il est dissous le 1er avril 1923 dans le cadre de la réduction des forces. 

Les quartiers ne restent pas vide très longtemps car quelques mois plus tard, ils accueillent le 3ème bataillon du 39ème Régiment de Tirailleurs Algériens rapatrié de Mayence. Cette unité, désignée pour participer à la guerre du Rif au Maroc en mai 1925, est remplacée par un bataillon du 65ème Régiment de Tirailleurs Marocains. Ce dernier devient le 5ème Régiment de Tirailleurs Marocains en 1929. 

En 1927, la 86ème compagnie de la Garde Républicaine Mobile s’installe à la caserne Dallemagne. 

En 1933, les casernes accueillent la partie secondaire du Centre Mobilisateur de l’infanterie N°145. Ce centre servira de point de regroupements des unités d’infanterie alpine qui participeront à l’opération de Narvik en mai 1940. 

Intégré à la 1ère Division d’Infanterie Nord Africaine, le 5ème Régiment de Tirailleurs Marocains est mobilisé en 1939 sur le front des Alpes. 

Après l’armistice, la caserne Sibuet servira de garnison au 1er Bataillon de Chasseurs à Pied entre 1940 et 1942, dans le cadre des accords avec l’Allemagne qui autorise une armée d’armistice. 

De 1942 à 1946, ce sont des unités de gendarmerie qui occupent les deux casernes. 

Le 7 août 1947, le I/1er RAC, venant de Chambéry,  s’installe officiellement à la caserne Sibuet. Mais le Groupement d’Infanterie Colonial N°4, auquel il appartient, est dissous le 31 octobre 1947. Le régiment attend sa nouvelle affectation qui sera finalement Dinan qu’il rejoindra le 12 juin 1948. Cela fait de Belley l’une des garnisons les plus éphémères du régiment avec un stationnement de moins d’une année. 

A compter de 1948, les casernes Sibuet et Dallemagne sont occupées sans discontinuer par la gendarmerie nationale. 

La caserne Sibuet est démolie en 1984 et remplacée par une nouvelle infrastructure qui accueille la compagnie de gendarmerie de Belley.

La caserne Dallemagne, est démantelée petit à petit et il ne subsiste aujourd’hui qu’un seul bâtiment qui sert au « resto du cœur », ainsi qu’une partie de l’enceinte. Le reste du quartier accueille une salle de spectacle et un boulodrome couvert. 

Casernes Sibuet et Dallemagne à Belley – Photo aérienne de 1950

L’histoire militaire de Belley a donc été brève, un peu plus d’un siècle, et il ne reste quasiment aucun vestige des casernements militaires construits. 

La caserne Sibuet a été occupée par :

– 1875 – 1923 : 133ème régiment d’infanterie
– 1923 – 1925 : III/39ème régiment de tirailleurs algériens
– 1925 – 1929 : 65ème régiment de tirailleurs marocains
– 1929 – 1939 : 5ème régiment de tirailleurs marocains
– 1933 – 1939 : Centre mobilisateur d’infanterie N°145
– 1940 – 1942 : 1er Bataillon de Chasseurs à Pied
– 1942 – 1946 : Gendarmerie nationale
– 1947 – 1948 : I/1er RAC
– 1948 – 1984 : Gendarmerie nationale