Malgré des dimensions modestes, le canon de 80 de montagne est sans conteste un marqueur de la conquête coloniale de la fin du XIXème siècle.

Du Tonkin au Tchad en passant par le Dahomey, le Soudan et Madagascar, nous vous proposons un portrait de cette bouche à feu mythique avec quelques photographies exceptionnelles.

La génèse

A la suite de la défaite de la guerre de 1870, le ministre ordonne la fabrication de nouveaux canons aptes à rivaliser avec l’artillerie Allemande. Le colonel de Bange conçoit deux canons de 80 m/m et de 90 m/m qui sont mis en compétition avec ceux des ateliers Schneider du Creusot. Le 23 janvier 1877, le Ministre adopte le système de Bange et ordonne sa mise en production. 

Evolution du 80 m/m de campagne, le canon de 80 m/m de montagne est adopté le 25 juillet 1878. Ses premières utilisations mettent en évidence une faiblesse lors des tirs en site négatif entrainant un renversement du canon. Une évolution est validée en 1880 avec l’adoption d’une rallonge de flèche. 

Les caractéristiques techniques

Le 80 de montagne est un canon qui marque une rupture nette avec ses prédécesseurs. En acier, rayé et se chargeant par la culasse, il dispose d’une portée accrue et d’un poids plus faible, le rendant particulièrement apte à une utilisation en terrain difficile.

Dimensions et poids

Longueur du canon : 1,20 m

Longueur de l’affût métallique : 2,05 m

Longueur totale (canon + affût) : 2,70 m (recouvrement de 0,65 m)

Diamètre des roues : 93 cm

Empattement des roues : 95 cm

Poids du canon : 105 Kg

Poids de l’affût complet : 175 Kg sans rallonge, 205 Kg avec rallonge

Poids total : 280 Kg sans rallonge, 310 Kg avec rallonge

Caractéristiques balistiques 

Calibre : 80 millimètres

Portée maximum : 4215 mètres pour un angle de 33° sans rallonge de flèche

Poids de l’obus explosif : 5,5 Kg

Poids de la boite à mitraille (120 balles en plomb) : 5,8 Kg

Vitesse initiale de l’obus : 257 m/s avec 400 g de poudre C1

Cadence de tir : 4 à 6 coups en 3 minutes

Technique de tir

Compte tenu de sa portée limitée, le tir avec un canon de 80 de montagne, se cantonne principalement au tir plongeant à vue directe, mais il reste possible de réaliser du tir indirect. Le tir vertical est impossible.

La difficulté réside alors dans le pointage en direction puisque le canon n’est doté que d’une ligne de mire et ne dispose d’aucun appareil de pointage repéré. 

Les tables de tir, réalisées par la commission de Bourges en 1879, permettent le tir en portée avec différentes charges de poudre. 

La carte postale de Madagascar ci-contre illustre parfaitement le pointage en direction du canon lors d’un exercice d’entrainement. 

Portage

Si le canon peut être tiré avec une limonière, il peut être scindé en fardeaux lorsque le terrain l’impose. Le chargement du canon nécessite alors quatre mulets.

Mulet de pièce : 109 Kg (canon + 1 levier portereau + 1 écouvillon)

Mulet d’affût : 122 Kg (affût sans roues ni freins, 2 freins à ressorts)

Mulet de roues : 102 Kg (1 levier portereau + 2 roues + rallonge de flèche + 1 limonière)

Mulet de caisses : 120 Kg (2 caisses chargées de 8 obus et 8 charges)

Mulet de pièce
Mulet d’affût
Mulet de roues
Mulet de caisses
Exemple de portage au Tonkin
Exemple de portage à Madagascar

Mise en œuvre par le régiment (1884 – 1914)

Bien que le canon de 80 m/m ait été mis en service dans les régiments d’artillerie du ministère de la guerre depuis 1880, la marine conservait l’usage du canon de 4 de montagne pour ses déploiements dans les colonies. 

Tout bascule en 1884 durant la campagne du Tonkin. La première expédition qui conduit à la prise de Sontay en décembre 1883 se fait uniquement avec du canon de 4 de montagne. Afin de poursuivre la conquête du Tonkin, le commandant en chef obtient des renforts, notamment deux batteries du 12ème RA équipé de 80 de montagne. Très rapidement, ce canon montre sa supériorité sur le 4 de montagne dans tous les domaines. Cela conduit la marine à se doter en urgence de deux batteries de 80 de montagne en octobre 1884. 

C’est ainsi que pour la colonne de Langson, l’artillerie de marine arme deux batteries de 4 de montagne et deux batteries de 80 de montagne. Les 4ème bis du capitaine Roperh et 5ème bis du capitaine Pericaud s’illustreront aux différents combats de la campagne, validant définitivement ce nouveau canon. 

A compter de 1884, l’artillerie aligne systématiquement le 80 de montagne dans ses opérations aux colonies. On le retrouve en 1892 au Dahomey, avec la 8ème batterie bis du capitaine Delestre, et également en 1895 à Madagascar, avec la 7ème batterie du capitaine Julien, la 8ème batterie du capitaine Bouchet et la 9ème batterie du capitaine Bergeret. A chaque fois, l’ingéniosité des bigors permettra d’adapter au pays les techniques de transports. 

Si au Tonkin, le transport par chevaux annamites se relève décevante, celui par filanzane à Madagascar prouve toute son efficacité. 

Une autre évolution est à signaler en Afrique avec l’utilisation des dromadaires lors de la campagne du Tibesti en 1913-1914. C’est le lieutenant Ballif, futur chef de corps du régiment, qui réalisera l’adaptation du système de transport qui permettra la traversée de près de 1000 Km de désert saharien. 

A compter de 1902, les régiments d’artillerie coloniales en métropole, transforment deux batteries montées en batterie de montagne. Il y a ainsi deux batteries à Lorient et deux à Cherbourg. A la création du 3ème RAC en décembre 1902, deux nouvelles batteries de montagne sont créées à Toulon. 

Le premier conflit mondial marque la fin de l’utilisation de ce canon qui aura contribué à écrire quelques-unes des heures de gloire de l’artillerie coloniale. Certaines colonies continueront à le mettre en œuvre entre 1919 et 1924 avant son remplacement définitif par le canon de 75.

Le canon de 80 de montagne en image par territoires