Béhanzin ou Behazin (Gbɛ̀hanzin en fon-gbe, anciennement transcrit Gbêhanzin ou Gbèhanzin, ou Gbèhin azi bô ayidjlè Ahossou Gbowelé), est né en 1845. Fils du roi Glélé, il est d’abord connu sous le nom d’Ahokponu puis de prince Kondo à partir de 1875. Lors de la campagne du Dahomey, la troupe du corps expéditionnaire lui donnera le surnom de « bec en zinc ».
L’accession au trône

Sacrifices humains – L’Illustration
Le prince Kondo commence a tenir un rôle de premier plan lors des négociations avec le docteur Bayol, représentant de la France, afin de trouver un accord sur le statut de Cotonou et la position du royaume de Porto-Novo. C’est lui qui mène les débats à la place du Roi Glélé, gravement malade, et il fera tout pour impressionner son interlocuteur … avec succès !
La délégation du docteur Bayol arrive à Abomey durant la célébration des coutumes annuelles où ont lieu de nombreux sacrifices humains. Si les fondements de ces cérémonies sont avant tout religieux, il n’en demeure pas moins que ce sont des centaines d’esclaves qui sont massacrés.
Du 21 novembre au 27 décembre 1889, le docteur Bayol assistera quotidiennement a de nombreux sacrifices avec son lot de tête coupées et exposées à la vue de tous. Il sera particulièrement ébranlé par ce spectacle ce qui le conduira à mettre un terme aux discussions en signant dans l’urgence une reconnaissance de vassalité du royaume de Porto-Novo au royaume d’Abomey. Une fois le texte signé, il quitte rapidement Abomey le 27 décembre 1889 car il préssent la mort du Roi. Effectivement, le Roi Glélé meurt le 28 décembre.
C’est le prince Kondo qui lui succède et accède au trône officiellement le 6 janvier 1890 sous le nom de Béhanzin.
L’opposition à la France
A compter de cette date, Béhanzin ne va avoir de cesse de rétablir l’autorité de son royaume sur la frange côtière et va s’opposer à la France en menant plusieurs opérations militaires. Il revendique la possession des comptoirs ainsi que la vassalité à son royaume du Roi Toffa de Porto-Novo.
Entre 1890 et 1892, toutes les opérations sont menées pour reprendre Cotonou ou faire plier le royaume de Porto-Novo, en évitant d’affronter directement la France. Mais par le jeu du protectorat, celle-ci se retrouve automatiquement impliquée dans ces affaires.
L’attaque de la canonnière Topaze sur l’Ouémé le 27 mars 1892 justifie une intervention française dont l’objectif est de destituer le Roi Béhanzin. Ce dernier va alors conduire une campagne de résistance à l’envahisseur en mobilisant la totalité de son armée équipée entretemps de fusils modernes.
Malgré une supériorité numérique écrasante de 3 contre 1, l’armée dahoméenne est quasiment décimée et oblige le Roi Béhanzin à s’enfuir le 17 novembre 1892 après avoir fait incendier la capitale Abomey.
La fuite et la capture
Le 3 décembre 1892, le Roi Béhanzin est déchu de son trône. Durant plusieurs mois il va se réfugier dans le nord du pays et échappera à la capture. Il envoie une délégation à Paris en novembre 1893 afin de négocier directement avec le président Carnot, mais celui-ci refusera de la rencontrer.

26 janvier 1894 – Béhanzin au poste de Goho – La France au Dahomey
L’étau se referme sur Béhanzin à partir de la fin 1893, lorsque le général Dodds reprend la conduite des opérations. Alors que les colonnes se rapprochent des poches de résistances au nord de Zaganado, les premières redditions ont lieu le 6 novembre avec la récupération de nombreux fusils et de 3 canons. Elle est suivi le 9 novembre par la reddition des hauts dignitaires du Roi : Le Méhou, le Gaou et plusieurs ministres ainsi que de nombreux membres de la famille royale. Seul Béhanzin refuse de se rendre et s’enfuit encore plus au nord.
Il est alors poursuivi par deux colonnes volantes qui vont le traquer sans relâche mais à chaque fois, alors qu’il était sur le point d’être capturé, il arrivera à prendre la fuite. Un événement met un terme à cette fuite, c’est la montée sur le trône de son frère, le prince Goutchili, qui prend le nom de Agodi Agbo. Béhanzin décide alors de déposer les armes et se rend au poste de Goho le 26 janvier 1894.
L’exil en Martinique
Avec les égards dus à son rang, Béhanzin rejoint Cotonou sous escorte et embarque sur le croiseur le Segond le 11 février 1894. Pour déterminer le lieu de l’exil de Béhanzin, le général Dodds , né au Sénégal, hésite entre le Sénégal et le Gabon. Le gouverneur Ballot, né à Fort-de-France, suggère la Martinique, proposition qui emporte la décision.
La cour d’exil est composée de ses quatre épouses, de ses trois filles et de son jeune fils Ouanilo. A la famille, il faut ajouter le secrétaire, Adandédjan, et un interprète prénommé Pierre Fanon.
Il débarque donc à Fort-de-France le 30 mars 1894 et est assigné à résidence dans le fort de Tartenson surplombant la ville. Ce fort, dont la construction a été achevée en 1873, n’a pas d’utilisation militaire depuis l’apaisement avec les Britanniques.
Béhanzin et sa famille, résident dans ce fort de 1894 à 1898, mais il est libre de mouvement. Son arrivée et son rang suscitent une célébrité temporaire entretenue par les journaux de l’époque (La Défense coloniale, Le Réveil). Le , il reçoit l’élite de la Martinique. En octobre de la même année, il est invité à bord de la frégate Le Duquesne de passage aux Antilles. Le , il assiste, à la cathédrale de Fort-de-France à la cérémonie religieuse en hommage au président Sadi Carnot. Le , il assiste à la cérémonie de consécration des cloches de la cathédrale de Fort-de-France.
En 1898, il doit libérer le fort de Tartenson, afin de le rendre à sa vocation militaire dans un contexte de tension militaire entre l’Espagne et les Etats-Unis dans la Caraïbe, et rejoint la villa des Bosquets à quelques centaines de mètres. C’est une villa créole située derrière la fontaine Gueydon et qui surplombe la ville de Fort-de-France. Petit à petit sa célébrité s’estompe et il tombe peu à peu dans l’oubli.
Durant tout ce temps, il ne cesse de demander son retour au Dahomey, sans succès !
L’exil en Algérie et sa mort
En février 1906, Béhanzin obtient l’accord du gouvernement français pour quitter la Martinique, car il ne supporte pas le froid de l’île (sic), et accepte d’être transféré à Blida. Après 12 ans d’exil à la Martinique, Béhanzin et sa famille, embarquent le 2 avril à bord du paquebot le Martinique, afin de rejoindre la métropole.

Béhanzin et ses femmes en Algérie
Le 16 avril 1906, Béhanzin arrive pour la première fois en France et débarque aux appontements de Pauillac près de Bordeaux. Il débarque sous les acclamations d’une foule de journalistes et de curieux. La famille s’installe à l’hôtel pour la nuit avant de prendre le train pour Marseille le 17 avril. Arrivé le 18 avril, il visite rapidement l’exposition coloniale de Marseille durant la matinée puis embarque l’après-midi pour l’Algérie sur le paquebot l’Eugène-Péreire.
Débarquée à Alger le 19 avril, la famille est alors installée non loin de la capitale algérienne, à Blida dans la villa des Carmélites. Mais la santé du vieux roi s’est considérablement dégradée. Alors qu’il est de retour sur le continent africain depuis quelques mois à peine, il est hospitalisé à Alger le 8 décembre à cause d’une bronchite aigüe. Il meurt le 10 décembre 1906, à 61 ans, à Alger, sans avoir réalisé son vœu le plus cher : retourner sur sa terre natale au Dahomey.
Son corps est inhumé au cimetière Saint-Eugène d’Alger.
A sa mort, sa famille est autorisée à rentrer au Dahomey le 25 décembre 1906 à bord du paquebot Europe. Elle débarque à Cotonou le 8 janvier 1907.
Ouanilo, très attaché à son père, vécut comme une grande déchirure l’exil même après la mort de son père. Il obtint du gouvernement français que la dépouille de son père retourne à Abomey le 9 mars 1928, 22 ans après sa mort. Après les obsèques royales, Ouanilo repartit avec son épouse Maria-Valentina, vers la France. Mais pris d’une grave crise de pneumonie, il meurt à l’hôpital militaire de Dakar le 19 mai 1928.
C’est en 1978 qu’une statue monumentale en bronze du Roi Béhanzin est érigée sur la place Goho, lieu où il avait été fait prisonnier en 1894. Il est devenu le symbole de la lutte et de la résistance contre l’envahisseur.
