L'histoire de l'étendard du régiment est particulière sur la période allant de 1914 à 1940 car l'ajout des batailles de la première guerre mondiale est lié à la renumérotation de l'ensemble des régiments d'artillerie métropolitaine en 1924 et en 1929, créant ainsi une véritable "salade d'étendards" qui va fortement perturber les filiations régimentaires.
Le 10 juillet 1917, le régiment est cité à l’ordre du corps d’armée pour son action entre 1915 et 1917. Cette citation est transformée en citation à l’ordre de l’armée en 1918.
Le 6 juillet 1918, le régiment est cité à l’ordre de l’armée pour son action au fort de la Pompelle.
Le régiment ayant obtenu deux citations à l’ordre de l’armée, le général en chef décide que le 1er régiment d’artillerie coloniale a le droit au port de la fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de guerre. (Ordre N° 115 F du 13 août 1918).
A l’issue de la première guerre mondiale, une commission des emblèmes est mise sur pied. La circulaire ministérielle du 27 août 1920 limite le nombre d’inscriptions à huit pour chaque emblème et en 1921, le ministre de la Guerre sollicite les chefs de corps des régiments pour des propositions d’inscriptions.

Cependant en 1923, la décision de réorganiser l’artillerie et la numérotation des régiments afin d’avoir une approche rationnelle va avoir d’énormes conséquences dans la filiation des régiments et de leurs traditions. Lorsque la loi est mise en œuvre le 1er janvier 1924, de nombreux régiments vont être dissous, déplacés et renommés. C’est ainsi que le 1er RAC se transforme en 111ème RAC mais reste stationné à Lorient tandis que le 2ème RAC quitte Cherbourg pour Libourne et se transforme en 58ème RAC.
A partir de cette date, les décisions ministérielles concernant les inscriptions sur les emblèmes ne seront pas systématiquement traduites par la modification des étendards. Le 1er RAC va être largement impacté par ce cas de figure comme nous allons le voir par la suite.
En effet, le 16 octobre 1926, une décision ministérielle arrête une première liste de noms de batailles de la guerre 1914-1918 à inscrire sur les emblèmes. Il est également décidé de millésimer les inscriptions afin de différencier les batailles qui ont eu lieu à des périodes différentes.
Le 111ème RAC, ayant repris les traditions du 1er RAC, et l’ancien étendard ne disposant plus de place disponible sur ses soies, se voit attribuer un emblème neuf qui reprend les inscriptions d’avant 1914 avec les nouvelles inscriptions Champagne 1915-1918 et La Somme 1916. Mais afin de rester dans la limitation réglementaire de 8 noms de batailles, les inscriptions Veracruz 1838 et Puebla 1863 sont regroupées au sein de l’inscription Mexique 1838-1863. Il conserve également la légion d’honneur et la fourragère aux couleurs de la croix de guerre 14-18.
Le 1er juin 1929, le 1er RAC est recréé par transformation du 58ème RAC de Libourne. Il reprend alors la filiation du 2ème RAC et donc son étendard qui porte les inscriptions Bautzen 1813, Bomarsund 1854, Soudan 1854, Dahomey 1892, Madagascar 1895, Champagne 1915, La Somme 1916 et Reims 1918. Cette filiation lui confère la fourragère au couleurs de la croix de guerre 14-18 mais lui fait perdre la légion d’honneur.

Étendard du 1° RAC de 1929 à 1940 actuellement dans la crypte du musée des Troupes de Marine à Fréjus
De son côté, le 11ème RAC reçoit l’étendard du 111ème RAC et perpétue la filiation historique avec le 1er RAC. La transformation consiste alors à maquiller le dernier 1 du 111 afin qu’il devienne 11.
Afin de ramener de la cohérence aux nombreux correctifs de la décision ministérielle de 1926, une révision complète est ordonnée qui donne lieu à la publication d’une nouvelle décision ministérielle le 4 avril 1930. Se basant sur les travaux réalisés depuis 1926, elle identifie pour chaque régiment de l’armée de terre, la liste des inscriptions autorisées. Malheureusement elle arrive juste après la réorganisation de l’artillerie de 1929, qui n’est pas prise en compte, et contribue encore à brouiller la lisibilité des traditions des emblèmes.
C’est ainsi que le 1er RAC, régiment historique de l’artillerie de marine, se voit redéfinir ses inscriptions avec les batailles suivantes : Lützen 1813 – Vera-Cruz 1838 – Sébastopol 1855 – Puebla 1863 – Sontay-Langson 1883-1884 avec les ajouts de Champagne 1915 – La Somme 1916 – L’Aisne 1917-1918.
On constate ainsi que les campagnes du Dahomey et de Madagascar disparaissent et que les campagnes du Mexique restent distinctes.
Cependant, ces inscriptions ne seront jamais inscrites sur les soies de l’étendard du 1er RAC qui conserve l’emblème du 58ème RAC. Nous avons donc un texte officiel qui ne se traduit pas par la confection d’un emblème mais qui reste la base officielle qui servira à la définition des inscriptions après le second conflit mondial.
La revue des Troupes coloniales diffusait en janvier 1937 l'article ci-dessous sur l'étendard du régiment et ses traditions.
Afin de mieux visualiser la "salade" d'étendards qui concerne les 1er, 2ème et 3ème RAC, nous vous proposons la synthèse suivante.
Lors du déclenchement du second conflit mondial, les régiments d’artillerie de marine ont ordre de laisser leur emblèmes dans leurs dépôts. Le 21 juin 1940, lors de l’arrivée des Allemands à Lorient et pour ne pas tomber dans les mains ennemis, l’étendard du 11ème RAC est caché dans la maison du colonel Duhautois, ancien chef de corps du régiment, puis chez un ostréiculteur de la commune de Locoal-Mendon à la pointe du Verdon sur la rivière d’Etel. Cet événement est loin d'être anodin car l'emblème sera transformé après-guerre afin d'être restitué au 1er RAC comme nous allons le voir dans le dernier volet.
