Le canon automouvant de 155 AMF3 est le premier canon sur châssis chenillé construit par la France après la seconde guerre mondiale. Il va équiper le régiment de 1969 à 1990 qui ne l’engagera jamais en opération.

Dès la fin de la seconde guerre mondiale, la France s’engage dans un programme de conception de nouvelles pièces d’artillerie afin de ne pas dépendre de l’armement américain qui a équipé les forces armées depuis 1943. Pour les canons de 155, le premier programme national sera l’obusier de 155 BF 50, mais se pose la question de remplacer les canons automoteurs américains M41 de 155 “Gorilla”, montés sur des chassis M24 « Chaffee », qui équipe les régiments d’artillerie des unités blindées.

Le programme de développement

L’idée est donc de développer un automoteur en réutilisant le canon du BF 50 installé sur un châssis chenillé, le tout sans chargement automatique.

Le retour d’expérience de la seconde guerre mondiale, notamment le canon automoteur allemand Hummel, montre qu’il est nécessaire de placer le moteur à l’avant de l’automoteur. Malheureusement aucun châssis de ce type n’étant disponible en France, les premiers développements se font sur la base d’une chenillette Lorraine 37L. Sans surprise, l’adaptation conduit à une impasse et le développement s’arrête en 1959.

Entretemps, en 1958, des études sont lancées afin d’utiliser le nouveau châssis de l’AMX 13 en service depuis 1953.  Celui-ci est raccourci en supprimant la poulie de tension arrière qui est remplacée dans son rôle par le dernier galet de roulement.

Mais le châssis de l’AMX 13 est trop léger et ne permet pas l’emport de l’équipe de pièce au complet en absence de casemate. On ne parle donc plus d’automoteur mais d’automouvant puisque le canon se déplace uniquement avec deux membres d’équipage, le chef de pièce et le pilote, à son bord tandis que le reste de l’équipe de pièce suit dans un véhicule d’accompagnement.

La mise en batterie se fait en moins d’une minute sans avoir à creuser de fosse de recul, et la sortie de batterie est quasi instantanée. Le châssis est tronqué dans sa partie arrière et muni de deux courtes bêches, rabattables à la main au moment de la mise en batterie, ainsi le véhicule porteur, par simple recul, prend alors appui sur ces bêches qui servent d’affût et assurent un ancrage au sol très stable. En sortie de batterie le véhicule porteur avance sans difficulté et le déplacement du matériel est possible après relevage et accrochage des bêches.

Le canon était suffisamment léger et petit pour être aérotransportable dans les avions cargos de l’époque, en contrepartie, il ne disposait d’aucune protection NRBC. 

Initialement, il était prévu un équipement avec des AMX13 VTT, désigné véhicule chenillé d’accompagnement (VCA), tractant une remorque dérivée du véhicule de combat du génie. Le VCA devait transporter le reste de l’équipe de pièce, soit 8 hommes, et était doté de 25 obus tandis que la remorque devait emporter 30 obus. Pour des raisons budgétaires, le VCA est remplacé par un camion Berliet GBC 8KT !

AMF3 avec son véhicule d’accompagnement VCA et la remorque à munition

Le VCA était un dérivé du VCG (Véhicule de combat du génie)

Un premier prototype est présenté en 1964 et le canon est adopté en 1969 sous le nom de canon automouvant de 155 modèle F3.

L’équipement de l’armée française

La production débute en 1968 et les premiers canons défilent sous la pluie devant le général de Gaulle le 14 juillet 1968. 222 exemplaires sont construits pour équiper l’armée française et 161 seront destinés à l’exportation.

Les premiers régiments sont équipés en 1969, dont le 1er RAMa qui aura l’honneur de défiler au complet lors du 14 juillet 1969 avec 12 pièces.

Défilé du 1er RAMa avec ses nouveaux canons de 155 AMF3 le 14 juillet 1969

Le canon de 155 AMF 3 sera déployé une seule fois en opération extérieure au Liban en décembre 1982 dans le cadre de l’ONU qui met en place la Force Multinationale de Sécurité de Beyrouth (FMSB). Son déploiement est ordonné après l’attentat du Drakkar du 23 octobre 1983 qui fera 58 victimes parmi les parachutistes des 1er et 9ème RCP. C’est la première batterie du 12ème RA de Oberhoffen qui débute le mandat du 30 novembre 1983 au 2 février 1984, relevée par le 68ème RA qui démontera le dispositif le 31 mars 1984. La batterie était composée de 5 pièces et sera rapidement soumise aux feux des belligérants afin de la neutraliser. La batterie sera déployée à proximité de la résidence des pins à Beyrouth afin de protéger l’ambassade de France et n’engagera jamais le combat.

Au 1er RAMa, le canon de 155 AMF 3 est remplacé par le canon 155 AUF1 le 21 mai 1990.

Caractéristiques techniques

– Calibre : 155 mm de 32 calibres
– Cadence de tir théorique : 3 coups/min
– Vitesse initiale : 725 m/s
– Portée maximale : 20 Km
– Portée pratique : 15 Km
– Longueur du canon : 5,12 m
– Poids total : 17 410 Kg
– Longueur totale : 6,22 m
– Pointage en hauteur : de 0° à 67°
– Pointage en direction : 50°
– Vitesse de déplacement : 60 Km/h (Essence) ou 64 Km/h (Diesel)
– Autonomie : 300 Km (Essence) ou 450 Km (Diesel)
– Équipe de pièce : 9 hommes

Les munitions

Le système développé pour l’obusier de 155 Mle 50 comporte un obus explosif de 43,7 Kg qui sera adopté sous l’appellation OE Mle 56. Sur le 155 AMF3, il est tiré avec une V0 maximale de 725 m/s pour une portée maximale de 20 000 m.

La propulsion est assurée par un système de charges vives (1 à 7) et de charges lentes (6 à 9). Les charges sont conditionnées dans des gargousses en toile dont les sachets sont séparables. L’arrière des charges minimales (vive et lente) comporte un sachet de poudre noire auquel le feu est transmis à travers une lumière dans la culasse par une étoupille.

Mais l’AMF 3 peut également tirer les obus HEM 107 US de 43,2 Kg dont les stocks sont encore importants dans les années 60 et 70. Sa portée était limitée à 18 000 m avec une V0 de 685 m/s.

Ces deux obus étaient disponibles en version spéciale, fumigène ou éclairant.

Obus HEM 107 explosif – fumigène – éclairant                                                                                     Obus OE 56/69

Les pays utilisateurs de l’AMF 3

L’AMF3 est le canon de 155 automouvant le plus petit et le plus léger jamais produit, ce qui lui a assuré un véritable succès à l’exportation. 13 pays commanderont l’AMF3 dont certains de seconde main :

155 AMF3 vénézuélien

– Arabie Saoudite : ?
– Koweit : 40 canons en 1968
– Argentine : 24 canons en 1969
– Venezuela : 12 canons en 1972
– Maroc : 100 canons en 1975
– Equateur : 15 canons en 1976
– Emirats Arabes Unis : 20 canons en 1978
– Chili : 47 canons en 1981
– Soudan : 11 canons en 1981
– Qatar : 22 canons en 1988
– Irak : 20 canons en 1990 capturés au Koweit
– Chypre : 12 canons en 1991
– Pérou : 12 canons

Certains pays engageront au combat leurs canons.

C’est ainsi que le Koweit enverra une batterie de 155 AMF 3 en Syrie au sein de la force « Al-Jahra Al-Majfalah » dans le cadre de la guerre du Kippour. Elle sera déployée du 20 octobre 1973 au 25 septembre 1974.

Le Maroc engagera ses canons au Sahara Occidental contre le front Polisario.

L’AMF3 au 1er RAMa

Nous vous proposons quelques photographies de l’AMF3 en situation au régiment durant les manœuvres à Suippes entre 1972 et 1976. Ces clichés sont la propriété du général Lang, qui commandait la 1ère batterie de 1974 à 1976 et qui nous autorise à les publier.

Les deux dernières photographies représentent les deux AMF3 qui étaient à l’entrée du quartier Mangin à Laon Couvron juste avant d’arriver sur la place d’arme.

De 1972 à 1979, le régiment met en ligne 3 batteries de tir à 4 canons, mais avec la mise en service prochaine du système ATILA, une quatrième batterie est créée en 1979 et chaque batterie est dotée de 5 pièces.

C’est d’ailleurs le 20 mars 1981 que le système ATILA (Automatisation du Tir et des Liaisons de l’Artillerie) est officiellement remis par le CEMAT au régiment rassemblé au camp de Mailly afin de débuter la phase de validation opérationnelle. Le régiment était alors sous les ordres du colonel Tretout. 

Nous avons essayé de reconstituer la liste des AMF3 du régiment avec leurs numéros d’immatriculation et leurs nom de baptême. Si vous avez des informations ou des corrections à apporter, n’hésitez pas à nous contacter.

La pièce de maintenance était le TOULON 678 0173 et plusieurs pièces ont été retrouvées mais non rattachées à une batterie : 

294 0217 ?
294 0220 ?
294 0223 ?
294 0226 ?
294 0227 ?
294 XXXX MOGADOR
284 0162 TAKROUNA

Pour les autres, nous avons pu retrouver les batteries d’appartenance, mais sans certitude absolue. Sur la durée des 21 années de service, il y a eu des changements de pièces soit à la suite de reconstruction, d’accident ou de panne, ce qui explique que le nombre d’immatriculation est supérieur à 21. 

Deux AMF3 seront conservés par le régiment après 1990 afin d’être exposés. Le 678 0178 CHIQUITEE est rebaptisé BAZEILLES tandis que le 678 0081 FORMOSE est rebaptisé WAGRAM. 

NB : pour rappel concernant les immatriculations

294 XXXX correspond à un véhicule de l’armée de terre (2) construit en 1969 (9) et engin blindé (4)
678 XXXX correspond à un véhicule de l’armée de terre (6 à partir de 1970) reconstruit en 1977 (7) et engin blindé révisé (8)

1° batterie

294 0213 ?
294 0214 ?
294 0215 ?
294 0221 ?
294 0224 ?
XXX 0457 ?
XXX 0466 ?
XXX 0094 HALFAYA

XXX XXXX BOMARSUND

2° batterie

678 0002 CERRO BOREZO
678 0008 MEXIQUE
678 0088 VERA CRUZ
678 0178 CHIQUITEE
294 0225 ?

XXX XXXX PUEBLA

3° batterie

678 0087 SEBASTOPOL
678 0089 LAM DU KEP
294 0236 BEAUSEJOUR
294 0242 ALSACE
294 0243 TUNISIE

XXX XXXX BIR HAKEIM
XXX XXXX EL ALAMEIN

4° batterie

678 0080 MADAGASCAR
678 0081 FORMOSE
678 0082 DAHOMEY
678 0086 ERYTHREE
678 0175 ?

XXX XXXX SYRIE